Se faire

Sur ce blog, je souhaite partager avec vous des informations sur mes écrits et sur mon processus d’écriture, mais aussi des astuces que j’ai pu apprendre, aussi bien concernant l’édition que l’écriture elle-même. Cette fois, je voudrais vous parler de langue, d’expression et de style pour vous aider à rendre vos écrits plus clairs et moins oppressifs. J’aimerais ainsi initier une série de billets sur la langue et en particulier les termes et expressions que je vois trop souvent dans de nombreux ouvrages. Je voudrais vous expliquer pourquoi ils posent problème et comment les remplacer.

Commençons donc ici avec l’expression « se faire + infinitif » : je me suis fait arnaquer, tu t’es fait voler, il s’est fait tabasser… et peut-être le pire de tous, elle s’est fait violer.

Lorsque l’infinitif désigne une action qui ne peut pas être voulue par le sujet, n’utilisez pas « se faire » ! Non, personne ne veut volontairement être arnaqué·e, volé·e, frappé·e, violé·e, etc. La tournure « se faire » implique une action voulue par le sujet. Or ce n’est clairement pas le cas ici !

Vous pouvez employer « se faire » dans des contextes positifs : je me suis fait couper les cheveux, tu t’es fait prendre en photo, elle s’est fait acclamer par la foule, il s’est fait inviter à la soirée… Ou à la limite, si votre personnage est sadomasochiste, iel peut « se faire tabasser », mais on est là dans un contexte très spécifique qui aura bien entendu été précisé, ce qui est rarement le cas dans les emplois courants de « se faire » que je lis.

Comment faire, alors ? Pour cela, le français a déjà un superbe outil qui s’appelle la voix passive : j’ai été arnaquée, tu as été volé, il a été tabassé, elle a été violée. Tout simplement. Parce que « avoir été » indique bien qu’un agent externe a opéré un acte sur nous qui en sommes la victime et ne sommes donc pas à l’origine de l’action (ce qui est véhiculé par « se faire »).

Un excellent exemple de la nuance à comprendre ici est le verbe « draguer ». Si une personne tente de nous séduire (avec la volonté de nous séduire, et pas autre chose, cf. ci-après), quelle que soit sa méthode, on « est dragué·e », qu’on le veuille ou non. Si on l’a voulu, qu’on a cherché à être dragué·e, alors on peut dire qu’on « se fait draguer ». En revanche, si on n’est pas consentant·e, alors on NE PEUT PAS dire qu’on « se fait draguer » ! Enfin, si la personne ne tente pas de nous séduire mais exprime seulement sa misogynie (ou tente de nous séduire sans prendre en compte notre consentement, rappelons que la drague se fait à deux), cela ne s’appelle pas de la drague mais du harcèlement. Attention donc aux termes et formulations : si vous dites « elle se fait draguer », cela implique qu’elle est consentante et participe à la drague (qui rappelons-le est un jeu multijoueureuse) ; si vous écrivez « elle est draguée », vous laissez la possibilité qu’elle ne soit pas consentante, mais cela implique que le dragueur n’insiste pas. Enfin, si elle est harcelée, vous l’aurez compris, elle ne risque pas de « se faire » harceler.

J’espère que cette petite mise au point vous aura aidé·e·s !

À très vite !

Sarah T.

Publié par Sarah Touzeau Autrice

Autrice écrivaine de romans fantasy et science-fiction

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