Processus d’écriture – Épisode 4 : La publication

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Au cours du billet précédent, je vous ai parlé de la phase cruciale de la relecture. Une fois celle-ci achevée, le temps est venu d’enfin publier ! Mais cette dernière étape ne se résume pas à cliquer sur un bouton, sous peine d’obtenir un résultat discutable… Voici venir la phase la plus technique : la création de l’objet livre, au format numérique ou papier !

La recherche d’éditeurs

Pour publier un livre, trois voies sont actuellement possibles : la maison d’édition (ce qu’on appelle l’édition à compte d’éditeur), le prestataire de services (aussi appelé édition à compte d’auteur) et l’autoédition. Dans le premier cas, la maison d’édition se charge de tout après l’écriture du roman et rémunère l’auteur·rice. Dans le deuxième cas, l’auteur·rice paye une entreprise pour sous-traiter un ensemble de services comme l’impression, la correction ou la distribution. Dans le troisième cas, l’auteur·rice se charge de tout, en utilisant les outils à sa disposition, pour des coûts variables. J’ai d’emblée éliminé l’édition à compte d’auteur car je considère que l’écrivain·e doit être payé·e pour son travail et non payer pour l’exercer. J’ai d’abord tenté l’édition à compte d’éditeur, avec Les Portes du chaos.

La première chose à faire était de choisir les maisons d’édition auxquelles proposer mon tapuscrit. J’ai longuement sélectionné celles éditant de la fantasy, se trouvant dans ma région et acceptant les envois numériques. Le premier critère est évident, afin que mon livre puisse s’inscrire dans la ligne éditoriale de la maison. Le deuxième revêt un aspect pratique : en cas de contrat signé avec une maison, j’aime pouvoir la rencontrer facilement ! Pour le troisième, je n’ai fait qu’un seul envoi papier : le coût en temps et en argent est tel que je n’ai plus eu recours qu’à des envois numériques par la suite.

Une fois les maisons sélectionnées, pas question d’envoyer le tapuscrit comme une bouteille à la mer. Chaque maison a ses exigences, notamment sur le roman lui-même (format de fichier, police et corps, interlignes, marges, retraits…) mais également sur les fichiers annexes : certaines demandent une biographie, d’autres un résumé, d’autres encore une lettre… Chaque envoi est donc préparé indépendamment, en suivant les directives sur le site web de la maison.

Une fois les envois expédiés, commence la longue (longue) phase d’attente des réponses. Entre les maisons qui prennent trois mois, celles qui en mettent six, celles qui ne répondent qu’au bout d’un an, celles qui ne répondent tout simplement pas… la patience est durement mise à l’épreuve. Quant aux réponses, quand elles arrivent enfin, entre les messages automatisés, ceux très génériques, certains très lacunaires, la plupart sans explications… je n’ai reçu que des refus. J’ai aussi reçu des contrats à compte d’auteur de la part de prestataires qui se font passer pour des maisons, ainsi que des appels à texte et à concours sans réponse sur mon tapuscrit. Je ne désespère pas de trouver un jour une maison d’édition avec laquelle je pourrai travailler, mais pour l’instant, mes efforts se sont trouvés infructueux, aussi me suis-je tournée vers l’autoédition.

Le choix d’une plateforme d’autopublication

De nombreuses plateformes proposent de distribuer vos livres en ligne : Bookelis, Edilivre, Librinova, Lulu, The Book Edition, Iggybook, Publishroom… Les tarifs, options et services sont très variés de l’une à l’autre et on peut facilement s’y perdre. J’ai donc commencé par les comparer.

Mon choix s’est finalement porté sur Amazon Kindle Direct Publishing (KDP) et Kobo Writing Life (KWL), pour plusieurs raisons. Ce sont les sites marchands les plus fréquentés et les plus connus, donc susceptibles de faire le plus de ventes. Ce sont les destinations finales de toutes les autres plateformes ou presque, qui sont des intermédiaires. La publication y est à la fois plutôt facile pour moi, assez guidée, rapide et gratuite. Les options et services sont corrects pour ce dont j’ai besoin et le rendu est bon. Sur KWL, je ne peux publier qu’au format numérique. Sur KDP, j’ai le choix de publier en numérique et en papier.

J’ai d’abord choisi de publier en livre numérique pour mon premier roman, Angélique Hacker (pendant que Les Portes du chaos tentait sa chance auprès des maisons d’édition). Cela me paraissait plus simple, facile et rapide pour commencer : en effet, le livre numérique est moins exigeant pour la mise en page, la couverture et les démarches légales. La disponibilité est un peu plus rapide que pour le format papier qui requiert un temps d’impression et des étapes supplémentaires. La mise à jour est aussi très facile. Enfin, même si le livre numérique est encore trop boudé face au papier, il est lisible sur de multiples appareils : liseuse mais aussi téléphone, tablette et ordinateur.

Pour mon deuxième roman, Les Portes du chaos, revenu de vingt-deux envois aux maisons dont quinze refus, trois absences de réponse et quatre prestataires déguisés en maison, j’ai voulu essayer le format papier. Plusieurs plateformes proposent l’impression à la demande, dont Amazon KDP, vers lequel je me suis donc tournée. Le rendu est correct et le service reste gratuit même si les redevances sont moindres que pour le livre numérique. Une épreuve (un exemplaire du livre imprimé, non destiné à la vente mais uniquement pour vérification) est possible avant publication et je peux commander des exemplaires après la mise en vente. Ce format a quelques exigences supplémentaires de mise en page, ainsi que de démarches légales (que je pourrai détailler dans un billet à part si cela vous intéresse), dont le dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France.

La mise en forme du livre papier

Fabriquer un livre en tant qu’objet, surtout au format papier, ne consiste pas à se contenter de couler le texte tel quel puis de l’imprimer. Vous pouvez essayer, vous vous apercevrez rapidement de détails inconvenants : la première ligne d’un nouveau paragraphe seule en bas de page (ou la même chose en haut de page pour la dernière ligne d’un paragraphe, ce qu’on nomme respectivement une veuve et une orpheline), des paragraphes qui se terminent avec un mot ou la fin d’un mot seul sur la dernière ligne (qu’on appelle alors creuse), des espaces anormalement larges sur certaines lignes… Autant de détails disgracieux qui, s’ils ne modifient en rien le contenu de l’histoire, peuvent sérieusement entacher l’expérience de lecture. La qualité d’un livre se juge autant sur son contenu (l’intrigue, les personnages, l’univers…) que sur ses habits (l’orthographe, la typographie…) mais aussi sur la façon dont il porte ces derniers (la mise en page). La présentation d’un livre papier obéit à quelques règles, qui diffèrent légèrement du format numérique.

Le choix du logiciel de mise en page est donc crucial pour la création d’un livre papier. Pour ma part, j’utilise encore Word, en suivant les guides de mise en page fournis sur les aides Kindle Direct Publishing et Kobo Writing Life. Ce n’est pas la solution idéale, car Word manque de nombreuses options pour gérer la mise en page (notamment en ce qui concerne l’approche, les césures ou encore les veuves et orphelines). Je suis donc obligée de repasser intégralement sur mon roman (oui, encore une fois !) pour vérifier chaque fin de ligne et de page, et de faire les modifications qui s’imposent à la main, au cas par cas, le plus souvent en modifiant le texte pour qu’il tombe bien. Si j’utilisais un logiciel plus avancé, comme InDesign, tout ceci serait automatisé et demanderait bien moins de modifications dans le texte. J’ai dû arbitrer entre le coût, la disponibilité, la fréquence d’usage, l’existence de guides de compatibilité des plateformes… Ce qui aboutit pour l’instant à l’utilisation de Word. Mais à l’avenir, je souhaiterais mettre en page mes futurs romans sur InDesign, ou un logiciel équivalent.

Après avoir sué sang et eau sur la mise en page intérieure du livre, une épreuve reste à passer pour obtenir un roman au format papier : la couverture. Très exigeante pour la version papier, elle demande en effet des mesures précises et une qualité d’image optimale pour l’impression. Je peux ainsi facilement y passer deux journées. Pour mes trois premiers romans, j’ai fait toutes mes couvertures moi-même. N’étant pas graphiste et encore moins illustratrice, le résultat est volontairement très épuré, simple et direct. Je tenais à expérimenter la création de couverture, pour comprendre les spécificités et difficultés. À l’avenir, toutefois, j’envisage de me mettre à la recherche de collaborations avec des illustrateur·rice·s ou des graphistes afin d’obtenir des couvertures visuellement plus attractives.

La mise en forme du livre numérique

Pour publier au format numérique, quelques spécificités sont à garder en tête. La plus importante d’entre elles est que le livre numérique ne comporte pas de pages, en ce qui concerne les romans. Si les bandes dessinées ont une mise en page fixe sur tous les appareils, les livres composés essentiellement de texte offrent la possibilité de s’adapter au lectorat dans leur forme : on appelle cela le format réajustable. Sur sa liseuse ou son application de lecture, le lectorat a le choix de la police, de sa taille et d’autres options pour améliorer le confort de lecture. Par conséquent, l’écran pourra afficher plus ou moins de texte à la fois. La notion de page fixe disparaît donc au profit de celle d’emplacement, qui correspond à un pourcentage du texte parcouru.

À partir de ce point, on en déduit que le livre numérique ne comporte plus ni numéros de page, ni en-têtes, ni pieds de page, ni pages de gauche et pages de droite. Il ne comprend plus que des sections, de sorte que les pages liminaires et annexes (page de titre, dédicace, remerciements…) soient bien séparées les unes des autres, et que chaque chapitre commence en haut d’un nouvel écran, même si le lectorat règle la police sur la taille minimale. Mais le contenu de chaque section s’enchaînera tout comme sur une page web, comme si le lectorat se contentait de scroller une longue bande de papier.

Le format réajustable améliore l’accessibilité des livres pour le lectorat, notamment en laissant ce dernier choisir la taille de police par exemple. Le revers de la médaille, pour les auteur·rice·s, est la destruction de la mise en page. Ce faisant, si le livre est plus facile à lire par exemple pour les personnes ayant besoin de plus grands caractères, il est en contrepartie plus disgracieux, au regard des règles typographiques. Ces dernières peuvent sembler obscures et anecdotiques, mais ce sont elles, dans l’ombre, qui vous rendent un livre plus agréable.

Je pense en particulier aux veuves, orphelines et creuses, ainsi qu’aux césures (ou coupures ou encore divisions) de mots en fin de ligne. Avec le format réajustable, impossible de les contrôler ! Pour l’heure, les logiciels de lecture de livres numériques ne gèrent que partiellement et imparfaitement ces détails, mais j’espère qu’à l’avenir, ils seront plus performants, ou du moins offriront la possibilité aux auteur·rice·s de spécifier davantage de paramètres.

Une fois le fichier formaté pour la lecture numérique, quelques problèmes restent à résoudre. En premier, le choix du format de fichier. Tout comme pour les fichiers audio ou vidéo, les fichiers texte existent sous de multiples extensions : DOC, PDF, TXT, EPUB, MOBI, AZW, KPF… Deux paramètres entrent en compte dans mon choix : la compatibilité avec la plateforme de destination et la maîtrise du format. Pour le premier, comme je publie sur Amazon et Kobo, je dois choisir un format que ces plateformes peuvent traiter facilement avec le moins d’erreurs. Plusieurs solutions sont possibles. Pour ma part, j’ai choisi EPUB, qui convient aux deux plateformes (donc possibilité d’utiliser le même fichier), ne nécessite pas de conversion majeure supplémentaire (donc réduit les erreurs) et est très proche du rendu final (je peux notamment le prévisualiser avant de le mettre en ligne). J’y ai facilement accès grâce au logiciel Calibre, dans lequel je convertis mon DOC de travail en EPUB, tout en ayant la possibilité de contrôler un certain nombres de paramètres et même de modifier l’EPUB, à condition de parler un peu de HTML.

Je prends ensuite le temps de prévisualiser mon EPUB pour avoir une idée du rendu dans les logiciels de lecture de livres numériques. Pour Amazon, la procédure est facilitée par le logiciel Kindle Previewer. Pour Kobo, en revanche, pas de logiciel de prévisualisation : je peux m’approcher du rendu final avec Adobe Digital Editions, mais impossible de connaître le rendu exact sur une appli ou une liseuse Kobo, contrairement à Amazon dont le logiciel donne le même aspect que sur les lecteurs Kindle.

Et après ?

Une fois le mode de publication choisi, la plateforme d’autoédition sélectionnée, les fichiers préparés et mis en ligne, les démarches légales effectuées pour le format papier… le livre est en vente en ligne, il vit sa vie, rencontre son lectorat ! Je n’ai plus qu’à suivre mes ventes… ou presque. Car si je veux en faire, je dois d’abord faire connaître mon travail. Nous entrons là dans l’univers du marketing, territoire inconnu pour de nombreux·euses artistes (moi comprise).

J’ai choisi de façonner ce site, pour y rassembler toutes les informations et liens sur mes livres, proposer des billets de blog et un moyen de contact. J’ai élaboré mon profil autrice sur différents réseaux sociaux parmi mes préférés : Facebook, Twitter, Mastodon, Diaspora… J’ai ajouté la fiche de mon livre sur les bibliothèques en ligne (et y ai ouvert mon compte de lectrice au passage) comme Babelio, Booknode et Livraddict. J’ai créé ma page Utip, pour donner la possibilité à mon lectorat de continuer à me soutenir même après avoir acheté, lu et parlé de mes livres.

Je fais de mon mieux, en apprenant sur le tas, en essayant de vous proposer divers contenus, en interagissant avec les communautés d’auteur·rice·s et de lecteur·rice·s. Mais le marketing le plus efficace reste encore le bouche à oreille ! 😉 Cette aventure continue donc avec vous !

À très vite !

Sarah T.

Publié par Sarah Touzeau Autrice

Autrice écrivaine de romans fantasy et science-fiction

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