La fiction et la réalité, deux mondes séparés ?

On oppose souvent le virtuel et la « vraie » vie, le rêve et l’éveil, la fiction et la « réalité ». Mais les romans s’affranchissent-ils vraiment de toutes les règles du monde réel ?

La fiction, un miroir de la réalité ?

La réalité influence indéniablement la fiction, ne serait-ce qu’en l’inspirant.

Les romans ne sortent pas de nulle part, ni ne sont créés par une pure force divine détachée de toute influence. Les auteur·rice·s tirent leur inspiration du monde qui les entoure, de leurs expériences, de leurs perceptions. Même les romans de high fantasy les moins conventionnels s’appuient à un moment ou un autre sur un élément connu de l’auteur·rice.

Les auteur·rice·s mettent également beaucoup d’elles et eux-mêmes dans leurs romans, en particulier dans leurs personnages et les épreuves qu’ils traversent.

On peut donc apprendre des choses sur la réalité aussi par la fiction. Cette dernière nous en montre en effet un aspect, telle une loupe, certes romancée voire métaphorique, mais toujours inspirée. Les meilleurs exemples restent les biographies et les romans historiques ; mais même les œuvres de fantasy s’inspirent de notre monde, nous faisant glisser à partir d’éléments familiers dans un rêve peuplé de « et si ». Les dystopies se servent même ouvertement de la réalité pour en prendre le contre-pied.

Thriller, policier, science-fiction, fantastique… même si la représentation de notre monde n’est pas toujours fidèle dans les romans et se retrouve souvent enjolivée, déformée ou idéalisée, les livres s’appuient néanmoins toujours sur des éléments connus pour nous parler dans notre langue avant de nous faire glisser dans un voyage, aussi onirique soit-il.

La fiction n’est pas la réalité…

La fiction et la réalité sont pourtant deux mondes différents. Croire que tout ce qui se passe en fiction arrivera de façon identique dans la vraie vie conduit bien souvent à la déception.

Pour autant, même dans cette opposition, fiction et réalité sont intimement liées.

La fiction est davantage une idéalisation de la réalité. Elle est telle qu’on voudrait que soit la réalité. Par la fiction, nous pouvons révéler nos rêves, faire vivre ce que nous ne pouvons avoir ou oublier un instant ce qui nous peine.

Cela n’est bien sûr pas valable pour tous les genres littéraires. Difficile de voir dans la dystopie ou le thriller une représentation de ce que souhaiterait l’auteur·rice. Pourtant, même dans les histoires les plus tristes, l’écrivain·e peut toujours faire passer un message, même par antithèse. Par la représentation d’un monde indésirable, l’auteur·rice nous indique ce qu’iel ne souhaite pas et donc par déduction et extrapolation ce qu’iel pourrait désirer.

Il convient de bien discerner les zones de chevauchement de la fiction et de la réalité, ainsi que celles où les deux mondes sont bien séparés. À quel moment l’écrivain·e se repose-t-iel sur des éléments connus provenant de notre monde ? À quel moment nous entraîne-t-iel dans les méandres de son imagination ? Plus ardu, à quel moment croit-iel nous décrire une réalité pourtant déformée par ses propres croyances ?

… mais elles sont intrinsèquement liées

La fiction influence la réalité, parfois plus que la réalité n’influence la fiction. Si la réalité guide la fiction, c’est souvent en réaction : que ce soit par une évasion dans un imaginaire merveilleux ou par une dénonciation avec une dystopie, la fiction se construit contre la réalité. La réalité nourrit la fiction de ses manques et de ses travers. Mais en retour, la fiction peut servir de guide dans la réalité. On peut penser aux paraboles et aux fables qui ne se cachaient pas de transmettre une morale à appliquer dans la vie réelle, utilisant la fiction pour faire passer le message de façon plus plaisante.

La fiction s’inspire bien sûr de la réalité, mais toute fictive qu’elle soit, elle l’influence aussi, par les représentations qu’elle nous en donne. Il devient parfois difficile de distinguer le rêve de l’éveil. Habitué à certaines visions récurrentes, le lectorat finit par les intégrer inconsciemment dans son interaction avec la réalité. Inspiré ou effrayé par des éléments d’un roman, il tente d’en reproduire ou d’en éviter les schémas dans sa propre vie.

La fiction a une part de réalité dans le sens où elle n’est pas sans conséquences. C’est pourquoi, si la liberté de l’écrivain·e est bien supérieure dans ses romans à celle de sa vie physique, elle n’est toutefois pas sans limites. Tout comme le virtuel des mondes numériques, si le roman semble « pour de faux » parce qu’il n’est pas tangible, il n’en reste pas moins bien réel pour nos esprits qui se nourrissent autant d’idées que de vécu.

C’est d’autant plus vrai pour les éléments que le lectorat n’a pas l’habitude de voir dans la réalité. Si la seule représentation qu’il en a est celle de la fiction, il ne pourra s’appuyer que sur cette dernière pour s’en faire une idée. Aussi sa vision risquera-t-elle d’être biaisée le jour où il rencontrera une occurrence dans la réalité !

L’écrivain·e a donc une responsabilité dans ses écrits : celle de nous faire voyager et rêver sans nous tromper.

Et vous, à quel moment des romans vous ont-il semblé interagir avec la réalité ? Dites-moi en commentaires !

À très vite !

Sarah T.

Publié par Sarah Touzeau Autrice

Autrice écrivaine de romans fantasy et science-fiction

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