L’archétype de la fantasy… et toutes ces œuvres qui ne le suivent pas

Quand on vous dit « fantasy », qu’est-ce qui vous vient en premier à l’esprit ? Les fans de ce genre le savent bien, le schéma archétypal de la fantasy est un groupe d’aventurier·ère·s composé d’un jeune homme à l’épée, d’un mage, d’un soigneur (on parle fréquemment de healer), d’un archer (elfe, généralement), etc. Pourtant, énormément d’œuvres de fantasy ne suivent pas ce schéma. Ce dernier tiendrait-il plus du mythe ? On ne le retrouve guère que dans Le Seigneur des Anneaux, les parodies comme Le Donjon de Naheulbeuk et les jeux de rôles, sur table (Donjons et Dragons) comme vidéo (Final Fantasy, Dragon Quest, Dragon Age… mais pas Zelda, ni The Elder Scrolls pour les épisodes solo). Mais Harry Potter ne suit pas ce schéma, pas plus que Dark Crystal, À la croisée des mondes, Narnia, Le Sorceleur, Le Trône de fer… D’où ce schéma archétypal vient-il et pourquoi tant d’œuvres s’en écartent-elles ?

La compagnie d’aventurier·ère·s, un ressort ludique ?

Ce schéma présente un avantage notable pour les jeux vidéo ou sur table : la possibilité de construire un jeu de rôles autour.

Après, à savoir si c’est la fantasy qui est allée piocher dans le jeu de rôles ou le jeu de rôles qui est allé piocher dans la fantasyLe Seigneur des Anneaux ne s’est pas inspiré du jeu de rôles, et c’est bien Donjons et Dragons qui est allé puiser énormément à cette source. En revanche, Le Donjon de Naheulbeuk est ouvertement inspiré du jeu de rôles, bien que ce soit en tant que parodie.

Si les jeux de rôles dérivés de romans fantasy sont bien plus nombreux que l’inverse, force est de constater que la littérature fantasy est allée puiser son inspiration ailleurs. À moins qu’elle l’ait prise dans des jeux sans adaptation… Cette interrogation ne tient toutefois qu’en restant sous l’angle de vue des romans (et éventuellement films) de fantasy versus les jeux de rôle. Or de nombreux jeux vidéo de rôle dans un univers fantasy portent leur histoire à eux seuls, à commencer par les JDR japonais et notamment Final Fantasy.

La fantasy aux frontières du fantastique

Si la fantasy classique (high fantasy, light fantasy, parfois dark fantasy) semble aimer autant le groupe d’aventurier·ère·s, c’est peut-être aussi parce que ce dernier comporte deux avantages de poids : il présente et fait intervenir efficacement et naturellement toutes les races élaborées pour l’univers où se déroule l’histoire ; par ailleurs, il est un prétexte tout trouvé pour le voyage et l’aventure qui, en plus de faire avancer l’intrigue, font visiter au lectorat le merveilleux monde créé pour le roman.

De leur côté, les low et urban fantasy délaissent la randonnée pour lorgner du côté du fantastique. Ne s’embarrassant pas d’un tout nouveau monde complet, elles restent ancrées dans le monde du lectorat. Dès lors, quel besoin de se trimballer dix personnages plutôt que de centrer l’intrigue sur un unique protagoniste ? Bien loin de la fainéantise, nous trouvons là une économie dans le nombre de personnages à faire intervenir constamment (quel·le écrivain·e de fantasy mettant en scène une compagnie n’a pas malencontreusement « oublié » un personnage sur plusieurs pages ?), et donc un gain pour la profondeur du seul protagoniste auquel bien davantage d’attention sera accordée.

La fantasy, ou le paradoxe de la diversité des emblèmes

Finalement, ce qui ressort de la multiplicité des œuvres de fantasy, quelles soient romans, films, séries, jeux vidéo, jeux sur table… et qui transparaît très bien dans la classification hautement débattue des sous-genres, c’est la diversité incroyablement riche d’histoires que l’on peut pourtant ranger sous la même bannière. La fantasy, avec ses sous-genres et ses histoires, est à l’image des univers dans lesquels elle se déroule : des mondes, des peuples et des créatures aux traits marqués et aux identités fortes mais regorgeant d’une diversité foisonnante. Finalement, la fantasy ne se réclame pas d’un archétype, mais de toute une compagnie de schémas qui se rassemblent sous la bannière du merveilleux. L’élu et la compagnie, la prophétie et le voyage initiatique, la magie et les épées, le médiéval et le steampunk sont aussi emblématiques de la fantasy même sans forcément partager systématiquement le même récit. Loin de se limiter à un schéma unique, la fantasy s’évertue à nous faire rêver en jouant avec des archétypes aussi nombreux qu’un deck de cartes à jouer et à collectionner. Vous l’aurez compris, si j’aime autant la fantasy, c’est pour la variété des voyages qu’elle propose, tout en promettant toujours au moins une chose : le surnaturel sera au rendez-vous.

Et vous, quels sont vos schémas préférés en fantasy ou au contraire les archétypes qui vous fatiguent ? Dites-moi dans les commentaires !

À très vite !

Sarah T.

One-shot ou série : que choisir, en lecture et en écriture ?

En fantasy peut-être davantage qu’ailleurs, une question cruciale se pose souvent : volume unique (one-shot dans le jargon) ou série de plusieurs tomes ? Pour le lectorat comme pour l’auteur·rice, la question du nombre de livres que comportera l’histoire devient un élément à considérer pour choisir quoi lire ou quoi écrire.

Le one-shot, l’assurance d’en voir le bout

Le premier avantage du one-shot, surtout pour le lectorat, est qu’on en aura vite fini. Pas de dizaines de tomes à se procurer, pas de sortie à attendre en espérant que la série se termine un jour (tout en souhaitant qu’elle continue)… Le one-shot évite tout d’abord l’attente.

Il offre aussi un certain gain de place par rapport à une série en treize tomes, même si les bibliophiles sont rarement avares d’étagères pour les objets de leur amour. Bien entendu, la question ne se pose plus pour les livres numériques.

Pour l’auteurice, le one-shot permet de passer plus rapidement à autre chose une fois le point final posé. Pas de garantie d’aller forcément plus vite dans l’écriture, mais on évite l’obligation de rester le nez dans la même histoire pendant des années. Si comme beaucoup d’écrivain·e·s, je m’attache énormément à mes récits, j’apprécie de pouvoir terminer une histoire et en commencer une nouvelle. Le sentiment d’accomplissement y est pour beaucoup, le besoin de variété pour entretenir la motivation n’est pas en reste.

La série, corne d’abondance ?

La série est plutôt populaire, en particulier en fantasy. La trilogie y tient une place privilégiée, mais les sagas en cinq, sept, treize ou vingt tomes sont aussi fréquentes.

La multiplication des volumes prolonge bien sûr le plaisir de la lecture. Elle offre en outre des possibilités de suspense que l’on peut habilement coupler avec une campagne commerciale.

La série est aussi parfois un choix éditorial : Le Seigneur des Anneaux n’était pas prévu pour être découpé en trois tomes et constituait un unique volume à son origine. Mais la longueur du récit a contraint à cette division pour en faciliter la publication.

L’abondance de séries en fantasy plus encore que dans les autres genres littéraires tient également pour partie à la nature même de ce registre. La fantasy comporte une part non négligeable d’aventure, un monde souvent vaste et complexe, des systèmes de magie et toute une géopolitique à présenter et expliquer… Le contenu souvent intrinsèquement chargé d’un roman de fantasy se trouve alors bien plus facile à dérouler sur plusieurs tomes que sur un unique volume condensé au maximum.

Peut-on aussi voir un lien entre la popularité des séries littéraires et celle des séries audiovisuelles par rapport aux films et livres uniques ? Je ne m’aventurerais pas sur ce terrain, manquant d’éléments pour apporter une réponse étayée, mais la question reste intéressante.

Le choix du lectorat, le choix de l’auteur·rice

Finalement, quelle option élire entre one-shot et série ? Pour l’écrivain·e, le choix pourra se faire d’abord sur l’intrigue : l’histoire que j’ai à raconter tient-elle d’un seul tenant ou est-elle composée de plusieurs sous-parties elles-mêmes cohérentes comme un tout à leur échelle ? Une histoire si complexe et vaste qu’elle a besoin de s’étendre en longueur ne doit pas hésiter à se scinder en plusieurs tomes ; mais une histoire qui trouvera sa conclusion dans un nombre de mots plus restreint n’a pas à rougir d’un complexe d’infériorité !

L’auteur·rice pourra aussi se poser la question sur un plan plus matériel et pragmatique. La série est plus longue, impose une régularité sur une durée plus étendue, demande de réitérer l’énorme travail de création d’un livre (au-delà du manuscrit seul) non pas pour une nouvelle histoire mais plusieurs fois pour la même… Le one-shot n’empêche toutefois pas de revenir sur sa décision et de créer une suite à un premier ouvrage que l’on pensait terminé. Cette option peut comporter des risques de confusion dans la présentation des tomes (un premier tome non numéroté notamment) et la démarche de créer une suite à une intrigue n’est pas la même que celle de la découper en plusieurs parties. Mais cette possibilité présente l’avantage de libérer l’auteur·rice de la contrainte d’un choix définitif.

Contrainte dont l’écrivain·e peut se défaire en adoptant une solution hybride : un ensemble de one-shot reliés par un élément qui les range dans le même univers. Si elle peut passer totalement inaperçue pour le lectorat, cette solution offre à l’auteurice de travailler plusieurs intrigues complètement différentes sans avoir à recréer un monde de A à Z à chaque fois (sans toutefois libérer l’écrivaine de l’obligation de présenter son monde à chaque ouvrage, sous peine de perdre tout lectorat qui n’aurait pas lu le premier !).

Quant au lectorat, si on comprend aisément que la question se pose de se lancer ou non dans la lecture d’une série, je n’en vois pas l’intérêt en ce qui concerne le one-shot. La série demande un investissement plus conséquent en argent, en place et en durée. Même si le lectorat a bien évidemment le droit de cesser sa lecture à tout instant dans la série, lui restera tout de même la frustration de ne pas être allé au bout. Mais pour un one-shot, que peut-il bien avoir à perdre à essayer un unique roman ? Est-ce la frustration d’une gourmandise trop petite à son goût qui le freine ? Considérant la quantité de livres disponibles sur le marché, j’en doute un peu…

Quel que soit votre choix, en tant que lectorat ou auteur·rice, rappelez-vous que ce n’est pas la taille qui compte mais bien la qualité de l’intrigue et de ses personnages ! 😉

À très vite !

Sarah T.

Mes 5 films d’aventure favoris

Vous l’aurez sans doute compris, le cinéma fait partie de mes sources d’inspiration privilégiées. La dernière fois, je vous avais partagé ma sélection de cinq films de fantasy parmi mes préférés. La fantasy est bien sûr le genre dans lequel s’inscrivent pour l’instant le plus mes romans. Angélique Hacker comportant également des éléments de type aventure, je vous propose cette fois-ci de faire un tour de ce côté !

  1. Spirit, l’étalon des plaines (2002)

Pendant 1 h 24, ce bijou d’animation nous emmène dans l’Ouest de l’Amérique du Nord, au XIXe siècle. Si vous aimez les chevaux, l’action et l’émotion, ce film pourrait vous plaire. La musique de Bryan Adams et Hans Zimmer est sublime.

Spirit, l’étalon des plaines (Spirit: Stallion of the Cimarron)
Kelly Asbury et Lorna Cook (réalisation)
Dreamworks
2002

  1. Pirates des Caraïbes (2003-2017)

Avec une préférence pour le troisième épisode et ses scènes épiques : la bataille finale, la confrontation sur la plage ou encore…

Pirates des Caraïbes : Jusqu’au bout du monde (Pirates of the Caribbean: At World’s End)
Gore Verbinski (réalisation)
Disney
2007

  1. La Planète au trésor (2002)

Un des bijoux d’animation les moins connus de Disney, à mon sens, ce film transpose L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson dans l’espace. Mentions spéciales pour la capitaine Amélia et le docteur Doppler, deux personnages qui m’ont fascinée enfant.

La Planète au trésor : Un nouvel univers (Treasure Planet)
Ron Clements et John Musker (réalisation)
Disney
2002

  1. Atlantide (2001)

Autre bijou d’animation méconnu de Disney, ce film m’a plu pour son humour, son action trépidante et ses éléments magiques. Mentions spéciales pour Audrey et Enzo, les deux personnages dont le caractère m’a le plus marquée.

Atlantide, l’empire perdu (Atlantis: The Lost Empire)
Gary Trousdale et Kirk Wise (réalisation)
Disney
2001

  1. Benjamin Gates et le trésor des Templiers (2004)

Parce que les énigmes. Et Nicolas Cage. Oui, je dois vous parler de Prédictions. Mais ce sera pour une prochaine fois, quand on abordera la science-fiction ! 😉

Benjamin Gates et le trésor des Templiers (National Treasure)
Jon Turteltaub (réalisation)
Disney
2004

Alors, oui, sur cinq films, on a quatre Disney (et un Dreamworks). Aucune volonté de ma part de favoriser ce studio, l’explication est bien plus triviale : la majorité des films avec lesquels j’ai grandi comprenait des Disney, tout simplement.

Je vous invite à partager dans les commentaires vos films d’aventure favoris !

À très vite !

Sarah T.

De l’art de faire des critiques et d’en recevoir

Écrire un livre, c’est s’exposer à la critique du lectorat. C’est même la rechercher, que ce soit en bêta-lecture pour préparer le livre avant sa publication ou bien après, autant pour améliorer la visibilité de l’ouvrage que pour simplement avoir des échos de son travail. C’est aussi parfois critiquer soi-même. Devenir auteur·rice implique d’entrer dans une communauté particulièrement hétéroclite mais qui promeut souvent l’entraide pour améliorer l’écriture.

Pourtant, quand on sait à quel point un·e auteur·rice peut développer un attachement très fort à ses écrits, on peut trouver difficile d’émettre et de recevoir des critiques sur ses ouvrages et ceux des autres.

Pour cela, les forums sont bien sûr le lieu idéal pour recevoir et donner des avis. Mais on peut aussi y être confronté·e sur les réseaux sociaux ou encore les sites d’achat… Se prêter à l’exercice dans les deux sens permet de vite en apprendre sur l’art et la manière de faire des critiques et d’en recevoir.

L’émotion, clé de la critique

Pour qu’une critique soit bien reçue, elle doit à mon sens satisfaire à une condition parmi les deux suivantes : ou bien elle n’est que positive, ou bien elle est parfaitement neutre. Par neutre, je n’entends pas que la critique s’abstient de relever tout point positif ou négatif : le principe de la critique est justement de pointer les éléments positifs et négatifs. Par neutre, j’entends un avis dénué d’émotion. La critique positive peut se laisser aller aux sentiments, au lyrisme : puisqu’elle ne fera que l’éloge de l’œuvre, et donc flattera l’estime de la personne critiquée plutôt que la descendre, elle peut s’accompagner d’émotions appuyant son enthousiasme. En revanche, une critique pointant majoritairement des aspects négatifs se doit de prendre des pincettes.

Je vois deux manières de souligner des aspects négatifs : avec l’intention de blesser ou avec l’intention d’aider la personne critiquée. Dans le premier cas, lae critique se laisse emporter par ses sentiments sur l’œuvre et souhaite faire payer à l’auteur·rice le mauvais moment qu’iel a passé. Dans le deuxième cas, lae critique ne souhaite pas décourager l’auteur·rice.

Concrètement, plus la critique sera argumentée en expliquant objectivement pourquoi vous n’aimez pas, plus elle sera reçue comme un conseil que comme une attaque. Un moyen de montrer votre bonne foi peut aussi être de relever sincèrement des éléments positifs de l’œuvre.

Le choix des mots

Quelques formulations peuvent aussi changer complètement l’effet d’une critique, même si l’intention et le fond sont les mêmes.

Commencer ses phrases par « Je pense que », « Je trouve que », « À mon avis »… peut souligner que l’on donne là son avis personnel, que celui-ci n’a pas valeur de règle universelle et que lae destinataire peut en faire ce que bon lui semble. Le conseil qui va avec est d’éviter toute formulation du type « Tu devrais », « Tu ferais mieux de », « Tu aurais dû »…

Pour souligner le fait que l’on donne bien son avis sur ce que l’on a perçu de l’œuvre, et non sur ce que son auteur·rice a voulu dire, on peut utiliser des verbes comme « sembler », « paraître », « avoir l’air », « donner l’impression », etc. plutôt que « être » ou « vouloir dire ». Ainsi, vous ne préjugez pas de ce que l’œuvre est ou de ce que son auteur·rice a voulu en faire, vous vous contentez d’exprimer ce que vous avez ressenti en la lisant.

Les questions, ou comment amorcer un dialogue

La critique peut aussi être l’occasion de discuter de l’œuvre avec son auteur·rice. En posant des questions sincères, et non rhétoriques, dans votre critique, vous faites d’une pierre deux coups : au lieu d’assener un jugement, vous soulevez des interrogations, montrant une ouverture d’esprit plus grande que si vous vous contentez de donner un avis sans vous questionner ; ensuite, vous tendez la main à l’auteur·rice pour lui laisser la possibilité de pousser la réflexion afin d’améliorer ses prochains romans ou de vous expliquer ses choix.

Vous pouvez par exemple demander : « Pourquoi ici as-tu fait cela ? Moi, j’aurais plutôt fait ceci… » Ainsi, vous laissez toute latitude à l’auteur·rice de considérer cet avis comme le vôtre, de s’interroger sur ses choix, tout en ayant la possibilité de les assumer, comme les siens, puisque c’est ellui l’auteur·rice et pas vous.

Ce qui m’amène à la façon de prendre les critiques : un·e auteur·rice doit absolument veiller à ne pas prendre la critique personnellement, même si elle lui est adressée personnellement. C’est extrêmement difficile, d’autant plus que nos œuvres sont souvent comme une partie de nous.

Ce qui m’a personnellement aidée, c’est justement de me prêter à la critique d’œuvres similaires aux miennes, auprès de personnes qui pouvaient également commenter les miennes. Ainsi, nous étions sur un pied d’égalité, dans un mécanisme d’échange. Je pouvais me mettre la place de l’auteur·rice quand je critiquais et à la place du lectorat quand je recevais une critique. Tout en donnant mon avis, j’imaginais qu’une personne faisait de même à propos de mon livre en utilisant les mêmes mots que moi. Je pouvais ainsi adapter ma formulation pour donner une critique plus constructive, et non destructrice.

J’espère que ce retour d’expérience pourra aider auteur·rice·s comme lectorat, pour encore plus de partage autour des livres !

À bientôt !

Sarah T.

6 erreurs à éviter en tant qu’écrivain·e

Quand on se lance en tant qu’écrivain·e, on est parfois un peu perdu·e et on finit rapidement sur la Toile à chercher des conseils pour éviter les erreurs classiques. Je suis toujours contente quand je peux lire les retours d’expérience d’autres auteur·rice·s ! C’est donc à mon tour de vous faire part de mes conseils pour prendre soin de vos écrits.

À éviter : Ne pas faire corriger son roman par un·e correcteur·rice professionnel·le
À faire : Prévoir le budget pour la correction

Peu importe la raison pour laquelle vous faites des fautes quand vous écrivez. On en fait tous et toutes, tout le temps, pour tout un tas de raisons. Cela n’a rien de répréhensible en soi. En revanche, une bonne attitude est d’admettre qu’on a besoin d’un·e professionnel·le sur ce plan.

Publier un livre sans l’avoir écrit, mis en page ou sans l’avoir doté d’une couverture ne vous viendrait pas à l’esprit. L’étape de relecture-correction n’est pas une étape optionnelle.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’aujourd’hui, les auteur·rice·s ne sont pas payé·e·s pour écrire. En conséquence, très (très) peu sont riches et un nombre non négligeable est sans le sou. Vaut-il alors mieux ne pas faire corriger son roman ou le faire corriger pour un prix dérisoire ? Je prône la première solution et je vous explique pourquoi dans le point suivant.

À éviter : Faire corriger son roman pour pas cher
À faire : Privilégier la qualité

Le budget des auteur·rice·s est généralement (très) serré. D’autant plus pour les auto-édité·e·s. Nous devons donc choisir avec soin comment dépenser les fonds dont nous disposons éventuellement. Alors quitte à dépenser, autant ne pas le faire pour rien… Ne lésinez pas sur la qualité de correction. Une prestation trop peu chère signifie généralement moins de temps passé sur votre manuscrit. D’accord, vous récupérerez vite votre bébé… mais pas très bien corrigé. Pourtant, c’est bien pour qu’il soit corrigé que vous avez payé, non ?

À éviter : Ne pas faire relire son roman
À faire : Toujours demander au moins un avis extérieur avant de publier

On peut être pressé·e de publier ou gêné·e à l’idée de faire lire un « produit pas fini ». On peut avoir du mal à trouver une personne pour nous relire ou avoir des scrupules à utiliser une personne à cet effet sans la rémunérer pour son travail (rappelons que la relecture, la correction, l’illustration, la gestion de réseaux sociaux, l’élaboration de sites, etc. sont de véritables métiers, exercés par de nombreuses personnes qui y consacrent tout leur temps et qui n’ont que cette source de revenus).

Quelle que soit la raison (et aucune n’est mauvaise, écrire est une chose, faire lire en est une autre), je vous conseille tout de même de faire relire, d’une manière ou d’une autre, ne serait-ce qu’un extrait de votre roman. Le mieux étant bien sûr de rémunérer un·e relecteur·rice-correcteur·rice pour relire et corriger votre roman en entier. Mais si vous pouvez au moins ne serait-ce que faire lire le premier chapitre à un·e ami·e par exemple, cela vous permettra une chose : lier votre roman à votre lectorat lors d’une phase d’essai, avant le grand saut. On écrit à la fois pour soi et pour son lectorat. Écrivez ce qui vous vient, puis voyez comment votre lectorat le reçoit. Cela peut vous apporter beaucoup d’informations. Vous en ferez ensuite ce que vous souhaitez, mais en connaissance de cause !

À éviter : S’en tenir au premier jet
À faire : Ne pas hésiter à récrire son histoire

Un roman n’est jamais, jamais, jamais, jamais, jamais (j’insiste) pondu en une seule fois. L’écrivain·e ne se réveille pas au milieu de la nuit avec un ange qui lui dit quoi coucher sur le papier et pouf ! en une heure cinq cent pages magnifiques atterrissent dans la maison d’édition. Si l’inspiration peut venir de n’importe où, le roman fini vient de longues, longues, longues (j’insiste) heures de travail. Et surtout de retravail. Un premier jet n’est jamais bon. Jamais. Mais ce n’est pas grave ! L’écriture n’est pas la cuisine : vous ne suivez pas une recette, vous ne devez pas obtenir un plat parfait du premier coup parce que vous ne pouvez pas le « retaper ». L’écriture est plutôt comme la sculpture ou le dessin : on fait un truc grossier, on gomme, on peaufine, on regomme, on affine, etc.

Pour écrire efficacement, votre premier jet doit sortir relativement spontanément, sans trop de contraintes, brut, moche. Ensuite, vous allez relire, relire, relire, couper, rallonger, retravailler, remplacer, échanger… jusqu’à ce que votre deuxième jet (et si besoin, votre troisième, quatrième, cinquième jet) ressemble enfin à un récit correct et travaillé. J’insiste sur le mot travaillé. L’écriture est un travail. Les romans ne tombent pas du ciel. Essayer de cracher un premier jet parfait risque de vous engluer dans votre brouillon pour des années. Refuser de retoucher votre premier jet risque de donner à votre lectorat un torchon à lire. Les torchons servent à essuyer la vaisselle, pas à s’endormir le soir ! 😉

À éviter : Essayer d’écrire à tout prix « ce qui marche »
À faire : Écrire ce qui vient de vous

En relation avec le conseil précédent : quand vous récrivez, vous le faites pour éliminer les erreurs (qui ne manqueront pas d’arriver, rappelons-le, mais rien de grave à cela !), pour donner plus de force à vos mots, pour éviter les propos oppressifs, pour renforcer la cohérence de votre histoire et vos personnages. Bref, pour rendre votre roman plus beau au regard du sens littéraire et plus respectueux de votre lectorat. Mais pas pour séduire votre lectorat et lui donner ce dont il a envie même si ce n’est pas de votre goût.

Cela pourra arriver parfois : vous aurez écrit un roman sans aucune histoire d’amour dedans et une personne vous demandera de rajouter une romance. Ou bien votre personnage principal sera une femme d’une cinquantaine d’années et on vous suggèrera de la rajeunir. Si vous cédez, alors vous n’écrirez plus votre histoire pour elle-même, mais pour vendre et séduire. À mon sens, on est alors là moins dans un récit littéraire que dans une publication commerciale…

À éviter : Ignorer le processus de fabrication d’un livre
À faire : Se renseigner sur l’auto-édition mais aussi sur l’édition, et pas uniquement du point de vue de l’auteur·rice !

Ne pas se renseigner sur le processus d’édition est une erreur que commettent beaucoup d’auteur·rice·s débutant·e·s. Certes, se renseigner sur l’auto-édition est un passage obligatoire et nécessaire. Mais que l’on souhaite ou non passer par une maison d’édition, connaître un minimum leur fonctionnement est plus qu’utile… et pas seulement du point de vue de l’auteur·rice ! Pour en produire un, que l’on agisse en autonomie ou avec l’aide d’une maison d’édition, l’auteur·rice doit savoir ce que vaut vraiment un livre, quel travail il demande, qui travaille dessus, combien de temps et d’argent cela prend… D’une part pour éviter soi-même les arnaques. Contrats frauduleux, maisons à compte d’auteur, plateformes intermédiaires surtaxées… Les dangers ne manquent pas pour les jeunes auteur·rice·s en quête de contrats d’édition ou cherchant simplement à auto-publier leur roman. D’autre part pour ne pas « casser » la chaîne du livre en sabotant ses acteur·rice·s, y compris soi-même : en effet, beaucoup d’auteur·rice·s s’étonnent des prix de correction, de mise en page, d’illustration… Mais peu se rendent vraiment compte du travail derrière. Sachez une chose : un livre coûte cher. C’est parce que les livres sont aujourd’hui vendus dans les librairies à des prix dérisoires en comparaison de leur coût réel de fabrication que les maisons d’édition sont contraintes d’en vendre en nombre pour amortir leurs frais. Un livre, ce n’est pas seulement un auteur ou une autrice. C’est aussi un·e correcteur·rice, un·e maquettiste, un·e éditeur·rice, un imprimeur, un distributeur… Chaque étape de travail prend du temps, l’écriture du livre n’en est qu’une partie. Je suis la première à dire que le système de rémunération des auteur·rice·s devrait être revu. Pensez aussi que lorsque vous payez une correctrice 100 € pour relire vos 200 pages, vous ne lui permettez pas de vivre. Vouloir auto-publier son livre plutôt que d’attendre qu’une maison d’édition daigne vous accorder de l’attention n’est pas répréhensible. Que vous choisissiez l’une ou l’autre voie (ou les deux), prenez toutefois conscience de la réalité (du travail, de l’aspect financier, etc.) qui se cache derrière votre livre. Vous risqueriez sinon de lourdes déceptions.

J’espère que ces quelques astuces pourront aider d’autres auteurs et autrices dans leurs projets !

À très vite !

Sarah T.