Processus d’écriture – Épisode 2 : la rédaction

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Dans le billet précédent, je vous ai raconté comment me venaient mes idées de romans et comment je les préparais avant de passer à l’écriture elle-même. Cette fois-ci, je vous propose de rentrer dans le vif du sujet et sans doute la phase la plus longue de l’élaboration du roman.

La rédaction du premier jet sur un cahier

J’aime commencer à rédiger mes romans sur un cahier. J’y fais un premier jet que je retranscrirai sur ordinateur lorsqu’il sera terminé.

Cette méthode présente deux avantages pour moi. D’abord, elle me laisse la possibilité d’écrire presque n’importe où et n’importe quand, le cahier étant beaucoup moins encombrant et moins long à ouvrir que l’ordinateur.

Certains de mes travaux font exception à cette règle et sont directement rédigés sur ordinateur. C’est notamment le cas de la plupart de mes nouvelles ou encore de mes poèmes. Ce fut également le cas pour Les Portes du chaos, qui n’était à l’origine pas prévu comme un projet de roman principal (je vous conterai tout cela dans « Histoire d’une publication : Les Portes du chaos »). En revanche, la plupart de mes gros romans principaux passent toujours par le cahier. Angélique Hacker a ainsi eu droit à un joli cahier petit format, tandis que mon roman actuellement en cours de préparation a vu son premier jet s’étaler sur un cahier petit format et un cahier grand format.

Jusque-là, j’ai écrit ces brouillons au crayon de papier, pensant que cela serait plus simple pour raturer (ce qui arrive inévitablement dans un brouillon), puisque je n’aurais qu’à gommer et récrire. Or la pratique est allée autrement : je n’ai jamais gommé, me contentant de barrer les passages qui ne me convenaient pas. En effet, dans l’effervescence de l’écriture, la rature et poursuite de l’écriture avec le même crayon, dans la continuité du geste, est bien plus rapide que l’interruption pour saisir la gomme, effacer proprement, puis récrire. Par ailleurs, dans un brouillon, garder une trace des essais précédents est toujours utile. Aussi, se munir d’outils pour effacer (gomme, blanc, effaceur…) se révèle inutile face aux ratures certes moins esthétiques, mais bien plus rapides et parfois utiles pour archive. La facilité d’effaçage du crayon par rapport au stylo à encre se montre alors tout aussi vaine. Ses avantages disparus laissent apparaître quelques désavantages. Le crayon a besoin d’être taillé très (trop) régulièrement, ce qui a tendance à interrompre l’écriture et surtout à compliquer la relecture puisque le texte se trouve alternativement gros et flou puis net et fin. Dans ce cas, me direz-vous, je n’ai qu’à opter pour un porte-mine. Mais crayon ou porte-mine, le plus gros désavantage reste le même : l’écriture finit par s’effacer avec le temps… D’autant plus que je suis gauchère et que le tranchant de ma main passe donc allègrement sur les passages déjà écrits, dissolvant quelque peu les pigments dans la feuille ! La faute à un papier de mauvaise qualité et un crayon mal choisi ? Quelle que soit la raison, mon choix est fait pour les romans suivants : j’essaierai le stylo ! Cela ne résoudra pas ce problème si connu des personnes gauchères, mais au moins les mots ne s’effaceront plus…

Cette étape est généralement la plus longue. Elle me demande beaucoup de motivation et de temps, ainsi qu’une certaine forme d’autodiscipline. C’est aussi la plus créative, autant dans les idées de péripéties, de répliques ou de description que dans la langue et le rythme.

Son organisation n’est pas encore fixée puisque j’écris pour l’instant surtout comme et quand je peux. Je rédige l’histoire intégralement, en essayant de lui donner déjà une forme qui me plaît. Je me réfère à mes fiches quand j’en ai besoin et en crée de nouvelles au gré de mes idées.

Une fois le point final posé sur ce premier jet, on peut dire qu’une première grosse partie du travail est terminée et un immense sentiment de soulagement et de fierté m’envahit ! Mais le roman est loin, très loin d’être terminé…

La retranscription sur ordinateur (première récriture)

Une fois le premier jet terminé, je le tape entièrement à l’ordinateur. Je profite de cette étape pour opérer une première récriture du texte. Je ne retranscris pas mot pour mot sans me demander si chaque phrase me convient. Le cas échéant, je peux transformer totalement un passage, en ajouter un, plus rarement en supprimer un.

Lors de cette phase, je ne me préoccupe pas encore de la mise en page, si ce n’est des changements de paragraphe et de chapitres, de manière succincte. Je ne m’attache pas encore à l’orthographe et la typographie (dans la mesure de mes réflexes de correctrice, bien sûr !), mais je repère déjà les mots qui pourraient poser des problèmes, en particulier les majuscules que j’aurai à harmoniser, et les note à part.

Cette étape, supposément moins longue que la précédente, peut cependant prendre beaucoup de temps en fonction de la qualité du premier jet. Pour mon roman en cours d’élaboration, le deuxième jet a été plus rapide que le premier, mais pour Angélique Hacker, il a été beaucoup plus long car j’ai dû reprendre entièrement le brouillon.

Une fois cette étape terminée, j’ai droit à un deuxième sentiment bien agréable d’accomplissement. La plus grosse moitié du boulot est faite, mais un long travail reste encore à accomplir…

À suivre !

Sarah T.

Processus d’écriture – Épisode 1 : l’idée de roman

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Le cœur du roman, c’est la phase d’écriture. Mais avant de pouvoir coucher les premiers mots sur le papier, de nombreuses étapes sont à franchir, qui varient pour chaque auteur·rice. Voici les miennes !

Le flash de l’idée

Chez moi, un roman commence généralement par un flash.

Je peux être en train de faire absolument n’importe quoi. Cela peut arriver à n’importe quelle heure, n’importe quel jour, à n’importe quel endroit.

Bien sûr, certains facteurs sont fortement favorables : l’écoute de musique, la lecture ou le visionnage d’une œuvre, ou bien une activité propice au vagabondage mental (comme la douche)…

Mais le flash peut aussi parfois se manifester en plein travail sur autre chose, dans les transports, pendant une conversation…

À ce moment, ma pensée tourne à plein régime et passe en mode scénario : c’est comme si la télévision venait de s’allumer dans ma tête. Je peux avoir des flashs très courts : un simple mot ou un concept sur lequel j’aurai ensuite à construire une intrigue. Mais j’ai aussi des flashs beaucoup plus longs, pendant lesquels une scène, voire une histoire complète défile dans ma tête. Parfois aussi, je rencontre seulement un personnage, qui m’apparaît plus ou moins détaillé.

Une fois le flash terminé, je reviens à la réalité. Je sais que j’ai phasé, que je viens de louper les dernières secondes de l’activité que j’étais en train de faire et dont j’ai décroché quelques instants. Mais à ce moment, seules deux questions m’obsèdent : est-ce que cette idée me plaît ? Est-ce que je pourrais en faire un roman ?

Si la réponse est oui aux deux questions, il m’est alors impératif de noter immédiatement l’idée pour ne pas l’oublier. J’ai ainsi une longue liste de concepts plus ou moins détaillés, consignée dans un carnet.

Parfois, des flashs ou des rêveries conscientes ont lieu sur des idées déjà eues, venant les développer, dessiner une scène entière, préciser un personnage ou un lieu… Je ne manque pas de les noter, en prévision de l’étape suivante.

Les fiches

Au moment où je décide de me lancer dans la rédaction du roman, après avoir sélectionné l’intrigue que je vais travailler parmi les flashs que j’ai répertoriés, je ne me jette jamais sur l’incipit. Avant même de choisir le cahier dans lequel je vais écrire le premier jet, je commence par une étape essentielle pour moi : les fiches.

Je peux improviser un écrit sur quelques lignes, voire quelques pages, mais pour construire un roman, j’aurai absolument besoin d’un ensemble de fiches, ne serait-ce que pour pouvoir m’y référer par la suite sans avoir à fouiller dans le brouillon du livre.

Leur longueur et leur quantité peuvent varier beaucoup : pour Les Portes du chaos, mes fiches se limitent à sept pages d’un petit cahier ; pour Angélique Hacker, j’ai une douzaine de pages et une trentaine de feuilles de dessins et de notes ; pour mon roman en cours, je dispose d’une pochette d’une soixantaine de feuilles.

Leur contenu a aussi varié en fonction de mes romans : Angélique Hacker reposait beaucoup sur des dessins, les livres suivants davantage sur du texte. Mes fiches comportent généralement une carte du monde où se déroule l’histoire, les caractéristiques des protagonistes et les différentes créatures rencontrées par les personnages. J’y ajoute parfois des informations sur le système de magie ou l’organisation politique de la contrée. C’est aussi là que je détermine la plupart des noms.

Jusque-là, je ne suivais pas un schéma particulier de fiches. Je notais les informations qui me paraissaient importantes pour structurer mon histoire ou simplement celles qui me plaisaient. D’ailleurs, nombre d’éléments contenus dans les fiches n’ont pas été utilisés dans le roman.

Une fois cette étape terminée (ou du moins débroussaillée, puisque des fiches viennent se rajouter au cours de la rédaction !), peut alors commencer le long travail de l’écriture du roman lui-même…

À suivre !

Sarah T.

Les romans, rêves éveillés de l’écrivain·e

Chaque auteur·rice possède sa propre façon d’écrire, ses sujets de prédilection et un rapport particulier à ses œuvres. Au fur et à mesure que je crée les miennes, que je les écris et les fais vivre, je me rends compte du lien très fort que j’entretiens avec elles.

Pour moi, le roman est analogue à un rêve pour un·e auteur·rice : il révèle son moi profond. Sans que cela s’applique nécessairement à tou·te·s les auteur·rice·s, je pense que cela peut en concerner un grand nombre.

Bien que le processus ne soit pas toujours conscient au moment de l’élaboration de l’œuvre, j’ai constaté que cette dernière avait souvent tendance à s’imprégner de mes expériences et mes préoccupations. Je m’en rends compte par bribes, tout au long de la vie du roman, et je trouve toujours intéressant d’analyser ces liens pour en apprendre plus sur moi-même et mes biais d’écriture.

Les personnages, facettes de l’auteur·rice

Les personnages sont autant d’éléments de la personnalité de l’écrivain·e. Chacun (ou presque) peut représenter un trait de caractère de l’auteur·rice. C’est peut-être moins le cas pour des personnages très secondaires et fonctionnels, beaucoup plus en revanche pour les protagonistes : ces dernier·ère·s ont reçu une attention tout particulière de leur créateur·rice, qui les a minutieusement façonné·e·s en s’inspirant parfois (consciemment ou non) de la réalité… Et l’auteur·rice fait partie de sa propre réalité, donc de ses inspirations possibles.

Si les protagonistes sont la cible évidente des projections de l’écrivain·e, ce·tte dernier·ère peut se montrer (volontairement ou non) plus pudique et subtil·e, façonnant ses protagonistes par d’autres inspirations et finissant par glisser ses propres traits dans des personnages qui paraissent secondaires, anodins, presque des figurant·e·s, mais qui pour quelques lignes renvoient un écho soudain du vécu de l’écrivain·e.

Possédant eux-mêmes une personnalité propre et complexe, les personnages présentent néanmoins de traits majeurs que l’on retrouve chez l’auteur·rice. Ainsi, l’identité de ce·tte dernier·ère se voit morcelée et disséminée dans autant d’avatars, qui partagent des expériences communes avec l’écrivain·e.

Le scénario, les fantasmes de l’écrivain·e

Si les personnages peuvent évoquer l’écrivain·e par leurs traits de caractère, leur vécu peut également faire écho à celui de leur créateur·rice.

Dans l’intrigue, l’auteur·rice glisse tous ses fantasmes, conscients ou inconscients, influencés par sa vie ou par les œuvres qui l’ont marqué·e. Le scénario voit se réaliser les schémas ancrés dans l’esprit de l’écrivain·e. Il peut s’agir de désirs non réalisés, mais aussi de craintes à exorciser. Cela peut également concerner des schémas de pensée et des croyances limitantes intégrées, consciemment ou non, par l’auteur·rice. L’écrivain·e peut parfois reproduire à sa manière des tropes déjà vus et appréciés dans d’autres œuvres ou des archétypes connus et rassurants.

Le meilleur exemple reste l’own voice story, dans laquelle des éléments de l’intrigue ou du passé des personnages proviennent directement de l’expérience personnelle de l’auteur·rice, qui peut ainsi en parler avec beaucoup plus de justesse qu’un·e écrivain·e n’utilisant que ses connaissances indirectes (ou pire, ses croyances et stéréotypes) pour écrire. Dans ce cas, toutefois, l’inspiration est bien consciente, voire engagée. L’auteur·rice a souvent un message à faire passer par ce biais ou influence en tous cas volontairement son récit par sa propre expérience, lui donnant une solidité et une résonance sans pareilles.

Ce sont dans les récits qui ne semblent pas particulièrement liés à leur auteur·rice que l’influence peut se montrer très troublante. Que cela soit des bribes du propre passé de l’écrivain·e ou la répétition de stéréotypes bien souvent inconscients, l’auteur·rice laisse transparaître involontairement des éléments de sa psyché.

L’univers, le refuge des romancier·ère·s

L’univers des romans s’apparente au havre de l’écrivain·e. Cet environnement est le lieu où l’auteur·rice se sent plus à l’aise, rassuré·e et en confiance. Il comprend des éléments connus et maîtrisés, à l’image d’une chambre.

Même dans un univers fantasy totalement inventé, les créatures, peuples et autres éléments merveilleux de ce monde seront pour l’écrivain·e des amis familiers.

On peut douter de l’affirmation en ce qui concerne les dystopies ou encore l’horreur. Pourtant, comme une divinité démoniaque, l’écrivain·e règne sur le monde où se déroule son histoire. Paradis merveilleux ou arène de combat à mort, c’est l’auteur·rice qui en définit les contours et les règles. Ce monde lui appartient et devient son domaine, son terrain de jeux pour diriger des pièces de théâtre en forme de miroir de sa vie, de ses expériences et de ses croyances.

Cette vision du rapport entre l’écrivain·e et ses romans ne reflète bien sûr que mon avis. J’ai pu l’expérimenter très fort avec tous mes romans. Mais peut-être que vous, en tant qu’auteur·rice, avez-vous une relation complètement différente avec vos œuvres ? Dites-moi dans les commentaires !

À très vite !

Sarah T.

Les familiers de fiction : adorables créatures et amis fidèles

Au fil de mes lectures, une catégorie particulière de personnages a su attirer mon attention… jusqu’à se faire une place dans mes propres écrits : les familiers. Amis et confidents fidèles, compagnons d’aventure ou mignonnes mascottes, ceux-ci épaulent les héros et héroïnes de fiction comme les chats noirs leurs sorcières.

On pensera bien sûr en premier à la fantasy, genre littéraire qui peut presque tout se permettre pour inventer d’adorables acolytes. L’archétype en est sans doute incarné par Pantalaimon, le dæmon de Lyra dans À la croisée des mondes de Philip Pullman.

Les familiers, s’ils sont prédisposés à accompagner les sorcières et les aventurier·ère·s de fantasy, sont également indissociables des récits de magical girls. Kero, le gardien des cartes de Clow et mentor de Sakura la chasseuse, en est un parfait exemple, tout comme Luna et Artemis dans Sailor Moon. De même, la lapine Nyozeka dans Alice 19th fait office de guide pour l’héroïne dans l’apprentissage de sa magie. Une version repensée et détournée est incarnée par Kyubey, « l’adorable » Incubateur dans Puella Magi Madoka Magica.

Parfois, les familiers se font bien plus silencieux et se bornent à rassurer les protagonistes par leur simple présence. Ainsi, Teto, le renard-écureuil de Nausicaä, ne joue pas un grand rôle dans le récit de Hayao Miyazaki mais en est tout de même devenu une mascotte très populaire.

Toutefois, même sans employer le langage parlé, les familiers peuvent se montrer très éloquents. Tib et Gib, à force de miaulements insistants dans Le Balai magique (The Little Broomstick de Mary Stewart dans sa version originale et Mary et la fleur de la sorcière dans son adaptation animée), guident Mary dans son périple. Jiji, s’il finit par perdre la parole (ou plutôt, si Kiki perd sa capacité à communiquer avec lui) dans Kiki la petite sorcière de Hayao Miyazaki, n’en reste pas moins un chat noir de sorcière particulièrement prompt à donner son avis à l’héroïne (qui ne l’écoute guère au demeurant).

Le familier peut au contraire se montrer on ne peut plus bavard sans pour autant pouvoir accompagner le héros ou l’héroïne partout : ainsi Calcifer, le démon du feu du Château ambulant, bien que rivé à sa cheminée, n’en est pas moins de bon conseil pour Sophie.

Bavard mais relativement malhabile ou privé de parole mais néanmoins très proactif, le familier affirme son soutien par sa présence avant tout. Certains protagonistes peuvent se targuer d’en avoir même deux à leurs côtés : dans Taram et le chaudron magique, Gurki comme Tirelire, au-delà de leur caution mignonne ou rigolote, apportent un soutien autant moral que matériel au héros.

Si le support moral semble être une constante indéfectible, le familier peut en revanche parfois se montrer un élément perturbateur plus qu’une aide pratique pour le héros ou l’héroïne. Morph, l’adorable gélatine rose dans La Planète au trésor de Disney, est ainsi bien plus souvent le moteur de nouvelles péripéties que leur résolution.

Quelle que soit l’aide apportée aux protagonistes, le familier incarne avant tout l’amitié inconditionnelle que seule la mort pourra défaire. Pikachu et Sacha ou encore L’Âne et Shrek restent ainsi les meilleurs amis du monde en dépit de toutes leurs mésaventures.

L’amitié et la fidélité du familier sont d’ailleurs des traits si caractéristiques qu’ils se trouvent assez peu remis en question dans certaines œuvres. Le familier, constituant ainsi un refuge sûr, ne représente pas un obstacle pour les protagonistes et peut donc se concentrer sur son rôle d’animal mignon, comme semble le faire Mokona dans Tsubasa Reservoir Chronicle. Au contraire, le familier peut parfois se détacher de sa figure adorable et redevenir un sujet d’inquiétude et un enjeu important pour les protagonistes. Les dragons de Daenerys dans Game of Thrones (Le Trône de fer), par exemple, causent bien des soucis à l’aspirante reine et ne s’encombrent pas d’une allure mignonne.

Si le familier porte majoritairement la caution mignonne de l’histoire, il lui arrive aussi souvent de revêtir l’habit du comique. Que ce soit par son humour, comme Happy dans Fairy Tail, ou par ses facéties, comme Tama dans Love Hina, le familier sait se faire remarquer malgré son rôle subalterne.

Parfois, le familier n’accompagne pas le héros ou l’héroïne mais un des personnages secondaires. Le lien qui se crée entre le familier et la ou le protagoniste s’affranchit alors de l’amitié inconditionnelle et peut même devenir conflictuel. Ainsi, Katniss et Buttercup se détestent cordialement pendant une bonne partie de Hunger Games. Buttercup n’accompagne pas Katniss dans ses aventures et est plutôt le familier de Prim, mais il est loin de se borner à être un élément du décor, causant quelques ennuis à l’héroïne pour finir par rester ce qui la rattache à Prim.

Dans Angélique Hacker, le rôle du familier est évidemment rempli par Lyru, fidèle Kughan et second mentor de l’héroïne. Capable d’adopter de nombreuses formes animales, il en connaît un rayon sur la magie du Mäasgard et pousse Angèle à donner le meilleur d’elle-même.

Quant à Yumi, le familier en titre dans Les Portes du chaos, son amitié très forte représente un soutien pour Danaël. S’il n’a pas beaucoup de connaissances à apporter au héros, il sait en revanche se montrer utile et serviable sans jamais de départir de sa fierté et son cynisme.

Et vous, quels sont vos familiers préférés en fiction ? Dites-moi dans les commentaires !

À très vite !

Sarah T.

L’archétype de la fantasy… et toutes ces œuvres qui ne le suivent pas

Quand on vous dit « fantasy », qu’est-ce qui vous vient en premier à l’esprit ? Les fans de ce genre le savent bien, le schéma archétypal de la fantasy est un groupe d’aventurier·ère·s composé d’un jeune homme à l’épée, d’un mage, d’un soigneur (on parle fréquemment de healer), d’un archer (elfe, généralement), etc. Pourtant, énormément d’œuvres de fantasy ne suivent pas ce schéma. Ce dernier tiendrait-il plus du mythe ? On ne le retrouve guère que dans Le Seigneur des Anneaux, les parodies comme Le Donjon de Naheulbeuk et les jeux de rôles, sur table (Donjons et Dragons) comme vidéo (Final Fantasy, Dragon Quest, Dragon Age… mais pas Zelda, ni The Elder Scrolls pour les épisodes solo). Mais Harry Potter ne suit pas ce schéma, pas plus que Dark Crystal, À la croisée des mondes, Narnia, Le Sorceleur, Le Trône de fer… D’où ce schéma archétypal vient-il et pourquoi tant d’œuvres s’en écartent-elles ?

La compagnie d’aventurier·ère·s, un ressort ludique ?

Ce schéma présente un avantage notable pour les jeux vidéo ou sur table : la possibilité de construire un jeu de rôles autour.

Après, à savoir si c’est la fantasy qui est allée piocher dans le jeu de rôles ou le jeu de rôles qui est allé piocher dans la fantasyLe Seigneur des Anneaux ne s’est pas inspiré du jeu de rôles, et c’est bien Donjons et Dragons qui est allé puiser énormément à cette source. En revanche, Le Donjon de Naheulbeuk est ouvertement inspiré du jeu de rôles, bien que ce soit en tant que parodie.

Si les jeux de rôles dérivés de romans fantasy sont bien plus nombreux que l’inverse, force est de constater que la littérature fantasy est allée puiser son inspiration ailleurs. À moins qu’elle l’ait prise dans des jeux sans adaptation… Cette interrogation ne tient toutefois qu’en restant sous l’angle de vue des romans (et éventuellement films) de fantasy versus les jeux de rôle. Or de nombreux jeux vidéo de rôle dans un univers fantasy portent leur histoire à eux seuls, à commencer par les JDR japonais et notamment Final Fantasy.

La fantasy aux frontières du fantastique

Si la fantasy classique (high fantasy, light fantasy, parfois dark fantasy) semble aimer autant le groupe d’aventurier·ère·s, c’est peut-être aussi parce que ce dernier comporte deux avantages de poids : il présente et fait intervenir efficacement et naturellement toutes les races élaborées pour l’univers où se déroule l’histoire ; par ailleurs, il est un prétexte tout trouvé pour le voyage et l’aventure qui, en plus de faire avancer l’intrigue, font visiter au lectorat le merveilleux monde créé pour le roman.

De leur côté, les low et urban fantasy délaissent la randonnée pour lorgner du côté du fantastique. Ne s’embarrassant pas d’un tout nouveau monde complet, elles restent ancrées dans le monde du lectorat. Dès lors, quel besoin de se trimballer dix personnages plutôt que de centrer l’intrigue sur un unique protagoniste ? Bien loin de la fainéantise, nous trouvons là une économie dans le nombre de personnages à faire intervenir constamment (quel·le écrivain·e de fantasy mettant en scène une compagnie n’a pas malencontreusement « oublié » un personnage sur plusieurs pages ?), et donc un gain pour la profondeur du seul protagoniste auquel bien davantage d’attention sera accordée.

La fantasy, ou le paradoxe de la diversité des emblèmes

Finalement, ce qui ressort de la multiplicité des œuvres de fantasy, quelles soient romans, films, séries, jeux vidéo, jeux sur table… et qui transparaît très bien dans la classification hautement débattue des sous-genres, c’est la diversité incroyablement riche d’histoires que l’on peut pourtant ranger sous la même bannière. La fantasy, avec ses sous-genres et ses histoires, est à l’image des univers dans lesquels elle se déroule : des mondes, des peuples et des créatures aux traits marqués et aux identités fortes mais regorgeant d’une diversité foisonnante. Finalement, la fantasy ne se réclame pas d’un archétype, mais de toute une compagnie de schémas qui se rassemblent sous la bannière du merveilleux. L’élu et la compagnie, la prophétie et le voyage initiatique, la magie et les épées, le médiéval et le steampunk sont aussi emblématiques de la fantasy même sans forcément partager systématiquement le même récit. Loin de se limiter à un schéma unique, la fantasy s’évertue à nous faire rêver en jouant avec des archétypes aussi nombreux qu’un deck de cartes à jouer et à collectionner. Vous l’aurez compris, si j’aime autant la fantasy, c’est pour la variété des voyages qu’elle propose, tout en promettant toujours au moins une chose : le surnaturel sera au rendez-vous.

Et vous, quels sont vos schémas préférés en fantasy ou au contraire les archétypes qui vous fatiguent ? Dites-moi dans les commentaires !

À très vite !

Sarah T.