Les chapitres

Quand on travaille sur un roman, on doit penser à de nombreux éléments et notamment aux chapitres. Combien en mettre et de quelle longueur ? Où les commencer et les arrêter ? Doit-on leur mettre un titre ? Autant de questions que j’ai explorées dans ma pratique, en essayant diverses approches.

Un nom pour chaque chapitre

Pour mon premier roman, Angélique Hacker, j’ai voulu conserver le style classique de mes premiers travaux et des livres que je lisais à l’époque. J’ai donc opté pour des chapitres titrés. Ceux-ci suivaient initialement le découpage géographique du voyage d’Angèle : un chapitre par lieu visité. Si cet agencement avait un certain sens au début de la rédaction du roman, il a fini par le perdre, au fur et à mesure que les chapitres se densifiaient. C’est pourquoi à l’issue de la retranscription sur ordinateur, je me suis retrouvée avec des chapitres de deux ou trois pages pour les premiers et de plusieurs dizaines de pages au milieu et à la fin, notamment pour le Tournoi des Sables ! J’ai donc dû remanier les chapitres après coup, en les découpant différemment ou en allongeant les plus courts. Les titres sont restés très sommaires, n’ayant pas un talent particulier pour les titres percutants. Ils présentent néanmoins l’avantage de me fournir un repérage très facile !

Un numéro pour titre

Mon deuxième roman, Les Portes du chaos, était initialement rédigé sous la forme d’un feuilleton (ce que je vous conte dans « Histoire d’une publication : Les Portes du chaos »). Les premiers chapitres ont donc un découpage très court, identique, selon une logique de suspense plus que de chronologie ou de géographie. Lors de la poursuite de la rédaction après l’arrêt du feuilleton, j’ai continué le découpage en chapitres à la manière d’épisodes de série dramatique. Comme pour mon premier roman, les chapitres ont vite eu tendance à s’allonger, mais de façon moins prononcée. En revanche, je n’avais dès le début donné aucun titre aux chapitres, ce que j’ai décidé de conserver en me contentant de les numéroter. Après tout, si je n’avais pas de titres pertinents à apporter, à quoi bon en chercher puisque les numéros suffisaient au découpage ? D’un autre côté, ils se sont montrés quelque peu casse-tête lors de la mise en forme pour publication en broché. En effet, la succession de chiffres sans titres dans la table des matières apporte certes un certain mystère mais fort peu de grâce de mon point de vue. Plus prosaïquement, le gabarit Word de KDP m’a donné du fil à retordre pour faire commencer chaque chapitre sur une page impaire… Une perte de temps dont je me suis bien passée sur mon roman suivant, avant que le boomerang ne me revienne à la figure.

Et si on se passait des chapitres ?

Dans mon troisième roman, Les Ombres d’Aleyssia, j’ai tout simplement oublié de chapitrer mon récit, dès la rédaction du premier jet sur cahier. J’ai écrit le brouillon initial d’une traite, sans me soucier d’un découpage par chapitres, séparant les passages tantôt par un espace (lorsque je change de point de vue sans changer de scène) tantôt par trois étoiles (lorsque je change de scène). Une fois le deuxième jet achevé sur ordinateur, l’absence de chapitres m’a sauté aux yeux. Mais j’ai jugé que le récit n’en avait pas besoin. Il suivait son propre fil, comme les deux premiers romans suivaient le leur, et un découpage plus prononcé me paraissait soudain artificiel. Je voulais également essayer de voir ce que donnerait un roman sans chapitres. J’aime expérimenter de nouvelles choses sur chaque roman, que ce soit le format, les fiches, les personnages, le style… Arrivée à la mise en forme pour publication, j’ai d’abord été contente de me débarrasser du problème des pages paires et impaires en début de chapitre ! Mais j’ai eu droit à deux contreparties : j’ai dû passer beaucoup plus de temps sur le tombé des pages du broché (qui coule mieux avec un livre aux nombreux chapitres qu’avec un unique texte au long) et j’ai dû redécouper tous les fichiers HTML du livre numérique !

Et pour la suite ?

Des leçons tirées de mes expériences sur mes trois premiers romans, je songe à revenir à un découpage par chapitres, délimités après coup et selon le plan de l’intrigue, sans titres. La raison du retour des chapitres n’est ni poétique ni stylistique mais avant tout pratique : ils peuvent me faciliter le repérage lors des étapes de relecture et simplifier la navigation du lectorat, mais plus encore ils forcent un découpage correct des fichiers EPUB. En effet, lors de la conversion d’un DOC en EPUB dans le logiciel Calibre, ce dernier procède à un découpage des fichiers HTML : si le DOC comporte des sauts de page, Calibre les suivra, dans le cas contraire il découpera à sa guise et parfois en plein milieu d’une scène. Or le changement de fichier HTML sur la liseuse se traduit par un saut de page ! Mieux vaut donc un découpage selon des sections logiques plutôt qu’entre deux répliques… Rien de très poétique, je vous l’avais dit, mais un détail qui facilite grandement la préparation du livre numérique !

Je pense délimiter ces chapitres après avoir écrit un premier jet sans découpage, tout simplement pour obtenir du premier coup des chapitres équilibrés. Découper une histoire est en effet plus facile quand on en a la vision d’ensemble que lorsqu’on est en train de l’écrire et qu’on ne sait pas forcément ce qui va venir après… Quant à les faire correspondre au plan de l’intrigue, cela leur donne une cohérence et une logique qui vient renforcer le scénario. Enfin, l’absence de titre relève à la fois du pragmatisme et du style. Je ne suis pas particulièrement talentueuse pour trouver des titres pertinents et je trouve que des titres mal trouvés tendent à gâcher le style. Certains peuvent même briser le suspense ! Par ailleurs, si la présence de chapitres comporte un réel aspect pratique pour le repérage du lectorat comme de l’auteur·rice, les titrer n’a en revanche rien d’obligatoire ni même d’utile de ce point de vue. On peut éventuellement utiliser des titres de travail mais s’ils sont voués à disparaître, autant s’en passer pour ne pas avoir à les trouver et éviter le risque de les laisser par inadvertance.

Et vous, comment aimez-vous vos chapitres, en tant qu’auteur·rice ou en tant que lecteur·rice ? Dites-moi dans les commentaires !

À très vite !

Sarah T.

La fiction et la réalité, deux mondes séparés ?

On oppose souvent le virtuel et la « vraie » vie, le rêve et l’éveil, la fiction et la « réalité ». Mais les romans s’affranchissent-ils vraiment de toutes les règles du monde réel ?

La fiction, un miroir de la réalité ?

La réalité influence indéniablement la fiction, ne serait-ce qu’en l’inspirant.

Les romans ne sortent pas de nulle part, ni ne sont créés par une pure force divine détachée de toute influence. Les auteur·rice·s tirent leur inspiration du monde qui les entoure, de leurs expériences, de leurs perceptions. Même les romans de high fantasy les moins conventionnels s’appuient à un moment ou un autre sur un élément connu de l’auteur·rice.

Les auteur·rice·s mettent également beaucoup d’elles et eux-mêmes dans leurs romans, en particulier dans leurs personnages et les épreuves qu’ils traversent.

On peut donc apprendre des choses sur la réalité aussi par la fiction. Cette dernière nous en montre en effet un aspect, telle une loupe, certes romancée voire métaphorique, mais toujours inspirée. Les meilleurs exemples restent les biographies et les romans historiques ; mais même les œuvres de fantasy s’inspirent de notre monde, nous faisant glisser à partir d’éléments familiers dans un rêve peuplé de « et si ». Les dystopies se servent même ouvertement de la réalité pour en prendre le contre-pied.

Thriller, policier, science-fiction, fantastique… même si la représentation de notre monde n’est pas toujours fidèle dans les romans et se retrouve souvent enjolivée, déformée ou idéalisée, les livres s’appuient néanmoins toujours sur des éléments connus pour nous parler dans notre langue avant de nous faire glisser dans un voyage, aussi onirique soit-il.

La fiction n’est pas la réalité…

La fiction et la réalité sont pourtant deux mondes différents. Croire que tout ce qui se passe en fiction arrivera de façon identique dans la vraie vie conduit bien souvent à la déception.

Pour autant, même dans cette opposition, fiction et réalité sont intimement liées.

La fiction est davantage une idéalisation de la réalité. Elle est telle qu’on voudrait que soit la réalité. Par la fiction, nous pouvons révéler nos rêves, faire vivre ce que nous ne pouvons avoir ou oublier un instant ce qui nous peine.

Cela n’est bien sûr pas valable pour tous les genres littéraires. Difficile de voir dans la dystopie ou le thriller une représentation de ce que souhaiterait l’auteur·rice. Pourtant, même dans les histoires les plus tristes, l’écrivain·e peut toujours faire passer un message, même par antithèse. Par la représentation d’un monde indésirable, l’auteur·rice nous indique ce qu’iel ne souhaite pas et donc par déduction et extrapolation ce qu’iel pourrait désirer.

Il convient de bien discerner les zones de chevauchement de la fiction et de la réalité, ainsi que celles où les deux mondes sont bien séparés. À quel moment l’écrivain·e se repose-t-iel sur des éléments connus provenant de notre monde ? À quel moment nous entraîne-t-iel dans les méandres de son imagination ? Plus ardu, à quel moment croit-iel nous décrire une réalité pourtant déformée par ses propres croyances ?

… mais elles sont intrinsèquement liées

La fiction influence la réalité, parfois plus que la réalité n’influence la fiction. Si la réalité guide la fiction, c’est souvent en réaction : que ce soit par une évasion dans un imaginaire merveilleux ou par une dénonciation avec une dystopie, la fiction se construit contre la réalité. La réalité nourrit la fiction de ses manques et de ses travers. Mais en retour, la fiction peut servir de guide dans la réalité. On peut penser aux paraboles et aux fables qui ne se cachaient pas de transmettre une morale à appliquer dans la vie réelle, utilisant la fiction pour faire passer le message de façon plus plaisante.

La fiction s’inspire bien sûr de la réalité, mais toute fictive qu’elle soit, elle l’influence aussi, par les représentations qu’elle nous en donne. Il devient parfois difficile de distinguer le rêve de l’éveil. Habitué à certaines visions récurrentes, le lectorat finit par les intégrer inconsciemment dans son interaction avec la réalité. Inspiré ou effrayé par des éléments d’un roman, il tente d’en reproduire ou d’en éviter les schémas dans sa propre vie.

La fiction a une part de réalité dans le sens où elle n’est pas sans conséquences. C’est pourquoi, si la liberté de l’écrivain·e est bien supérieure dans ses romans à celle de sa vie physique, elle n’est toutefois pas sans limites. Tout comme le virtuel des mondes numériques, si le roman semble « pour de faux » parce qu’il n’est pas tangible, il n’en reste pas moins bien réel pour nos esprits qui se nourrissent autant d’idées que de vécu.

C’est d’autant plus vrai pour les éléments que le lectorat n’a pas l’habitude de voir dans la réalité. Si la seule représentation qu’il en a est celle de la fiction, il ne pourra s’appuyer que sur cette dernière pour s’en faire une idée. Aussi sa vision risquera-t-elle d’être biaisée le jour où il rencontrera une occurrence dans la réalité !

L’écrivain·e a donc une responsabilité dans ses écrits : celle de nous faire voyager et rêver sans nous tromper.

Et vous, à quel moment des romans vous ont-il semblé interagir avec la réalité ? Dites-moi en commentaires !

À très vite !

Sarah T.

Histoire d’une publication : Angélique Hacker

Avec « Histoire d’une publication », je vous emmène dans les coulisses de la création de mes romans. Découvrez-en plus sur le récit derrière le récit !

Cette nouvelle série de billets débute avec mon tout premier roman publié, Angélique Hacker. S’il n’est pas exactement le premier de l’ensemble de mes projets d’écriture, il reste le grand initiateur d’un engouement pour la rédaction d’histoires de fantasy qui ne s’est jamais éteint.

La genèse : un jeu qui n’en est pas qu’un

L’histoire d’Angélique Hacker commence par une belle journée de l’été 2003. J’ai 9 ans et ai décidé de profiter des vacances scolaires pour explorer de nouveaux terrains de jeu. Alors que je me trouve en compagnie de ma sœur, de deux ans mon aînée, celle-ci me propose une nouvelle activité amusante : et si nous inventions des histoires et les écrivions, comme des romans ?

L’idée m’intrigue. Inventer des histoires, c’est mon jeu favori depuis toute petite. Je le pratique en particulier avec toutes sortes de poupées et figurines que j’aime collectionner, ainsi que dans des cahiers que je remplis de fiches de personnages ou de dessins. Mais les coucher sur le papier, comme de vrais romans, comme ces merveilleux livres que j’ai commencé à lire depuis quelques années avec assiduité… Le principe est plus que séduisant.

Je me lance aussitôt dans ce jeu qui n’en est pas qu’un. Ils sont nombreux, les gens qui écrivent un journal intime, un poème, un début d’histoire, parfois avec de belles idées ou une plume agréable, mais plus pour essayer et s’amuser que par réelle envie de mener le projet jusqu’à son terme, en affrontant aussi les aspects les moins plaisants. Moi, je ne veux pas m’arrêter là. Si je commence une histoire, c’est pour la finir.

Je me lance dans la rédaction d’un premier récit très simple, une amourette collégienne comme j’en ai vues à la télévision ou dans des bandes dessinées. Dix chapitres, une page chacun. La rédaction est bouclée en quelques jours. Je l’agrémente d’illustrations, une pour chaque chapitre, aidée de ma sœur qui, si elle n’a pas poursuivi le jeu de l’écriture au-delà de quelques pages, a en revanche une main bien plus sûre que la mienne pour le dessin.

Ce tout premier projet, au scénario et à l’écriture d’une enfant d’à peine 10 ans, mais néanmoins complet et mené jusqu’au bout, sera imprimé avec l’ordinateur familial et relié par mes soins à l’aide de rubans. Toute fière de mon travail, je sens pourtant que le « jeu » n’est pas terminé. En effet, à quoi bon l’écrire, si personne ne le lit ? Je le présente d’abord à mes amies puis, enthousiaste, je le lis devant toute ma classe, qui m’écoute jusqu’au bout. Complètement grisée par l’expérience, je comprends que ce n’est plus pour moi un jeu, mais une véritable passion qui a éclos.

Entre-temps, j’ai déjà commencé la rédaction d’un deuxième roman, celui-là porté sur l’un de mes intérêts du moment : les magical girls. Cette fois, la rédaction ne se fait pas d’une traite, est plus longue, plus périlleuse. Je m’y reprends à plusieurs fois, j’écris une histoire de dix chapitres (toujours d’une page chacun), j’essaye de faire une bande dessinée. Mais mon piètre talent en dessin et l’aspect fastidieux de la mise en cases me conduisent à renoncer à ce projet. Je me sens bien plus à l’aise avec l’écrit seul, bien que ce roman-ci ne me satisfasse pas. Je le trouve considérablement en dessous des œuvres que je lis à cette époque. Je laisse ce projet dans le tiroir.

Peu importe, car dans le même temps, j’ai déjà commencé un troisième récit. Celui-là, je le veux beaucoup plus ambitieux. Finies les petites histoires et les pastiches de dix pages, terminé l’entraînement : cette fois, c’est du sérieux. Ce projet, qui répond pour l’instant au sobre nom d’Histoire III, commence par des fiches sur des feuilles volantes et un cahier bleu…

La rédaction : acharnement et procrastination

Treize années auront été nécessaires pour écrire le premier jet sur cahier de ce qui a rapidement pris le nom d’Angélique Hacker puis son deuxième jet sur ordinateur. Le projet reste dans ma tête en permanence et j’écris régulièrement… mais pas tous les jours et souvent une phrase à la fois. Le brouillon sur cahier démarre très vite et se déroule tout aussi vite, dans un style encore très minimaliste. J’ai les idées, mais au début, je les couche en allant droit au but, sans m’embarrasser de descriptions lyriques, d’envolées philosophiques ou de dialogues mystérieux (rappelons que j’ai une dizaine d’années à l’époque). Les chapitres sont courts, toujours terminés par une illustration de ma main malhabile mais volontaire, qui me permet de fixer les éléments visuels surgissant dans ma tête. Plus j’avance dans le récit, plus les chapitres s’allongent et plus mon rythme d’écriture ralentit. Alors que je grandis, ma prose se densifie… tout comme mon emploi du temps. On m’a d’ailleurs dit très tôt qu’écrire ne serait pas un métier mais un passe-temps. Aussi je n’y consacre pas le temps nécessaire pour avancer rapidement. Grossière erreur… Car cette fois, le récit est beaucoup plus ambitieux. Non par la complexité de son intrigue, mais par sa longueur, tout simplement. Finis les livres de dix pages. Les chapitres s’enchaînent, dix, quinze, vingt-cinq et de plus en plus longs.

En février 2017, je mets enfin un point final à la version retranscrite sur ordinateur. Par rapport au brouillon sur cahier, le texte est déjà fortement enrichi et rallongé. Il n’a plus grand-chose à voir avec le premier jet, qui fait désormais presque office de storyboard, si ce n’est le squelette de l’histoire et des personnages. Mais les scènes, elles, ont déjà été allègrement rallongées et détaillées, modifiées pour certaines, ce qui m’a pris un temps considérable. Des éléments de l’intrigue ont été modifiés pour former un tout cohérent, un système de magie a été créé, le passé des personnages a été approfondi… Je ne suis plus sur le cahier de mon enfance, mais sur une histoire aboutie.

En treize ans, j’ai aussi grandi, mon style d’écriture s’est affiné et cela se voit nettement dans ce tout premier roman complet : les premiers chapitres tiennent sur une page ou deux quand les derniers s’étalent sur dix ou vingt, les descriptions s’allongent tout au long du livre… On sent que le début et la fin n’ont pas été écrites à la même époque.

La relecture : une minutie de longue haleine

Je prends deux années pour relire et corriger mon ouvrage. Entre-temps, j’ai terminé mon deuxième roman, commencé au collège. Le petit frère ayant été plus rapide que le grand, il hérite de la quête des maisons d’édition (je vous conterai tout cela dans « Histoire d’une publication : Les Portes du chaos »). L’aîné, de son côté, n’est aucunement destiné à attendre sagement les résultats de son cadet. Pendant que ce dernier tente d’appâter les éditeurs, Angélique Hacker se prépare pour sa propre mission : la publication en autoédition.

Mais avant cela, le roman doit passer l’épreuve du feu : la bêta-lecture. Hors de question de jeter la jeune magicienne dans l’arène sans l’avoir testée d’abord sur une cobaye minutieusement choisie. En l’occurrence, le choix de la première lectrice s’impose de lui-même : qui de plus logique pour découvrir cette histoire que la personne qui m’a donné en premier envie de l’écrire ?

Trois mois plus tard, le verdict de ma sœur tombe : la première moitié du livre est à reprendre si je veux la mettre au niveau de la seconde. C’est un coup dur, après quinze ans de travail, et je commence par hésiter. Ai-je vraiment envie de récrire toute la première moitié du roman ? Mais je tombe rapidement d’accord : après tout, en quinze ans, de l’école primaire aux études supérieures, mon style d’écriture a énormément évolué. C’est donc logique que le début et la fin fassent le grand écart. Si mon objectif est toujours de vendre mon livre en bonne et due forme, je me dois de reprendre le début.

Je suis donc repartie pour un an de travail. Les personnes familières avec la rédaction, la relecture et la correction le savent : rallonger est toujours plus difficile que couper. Couper est émotionnellement ardu, mais une fois la répulsion surmontée, délimiter la coupe est une affaire de quelques minutes. Rallonger, en revanche, demande de trouver de nouvelles idées, de les rédiger avec style, de les insérer dans le récit sans ajouter d’erreurs… En somme, de se remettre à l’ouvrage comme à l’étape de la rédaction. Heureusement, j’ai la motivation et de bonnes indications.

Les dernières retouches et vérifications m’amènent au mois d’août 2020. Toutes les étapes prépublication ont été remplies, mon épreuve du feu m’a suffit, je n’ai plus qu’une envie : envoyer Angèle en première ligne.

La publication : Angèle déploie ses ailes

Commence alors la deuxième partie de cette grande aventure. Après l’épopée de la rédaction, voyage au pays de l’imagination, la créativité et la poésie, la quête de la publication m’entraîne dans les méandres des mentions légales, des spécifications techniques des livres numériques et du marketing sur la Toile. Heureusement, je peux compter sur ma formation professionnelle : ayant travaillé comme correctrice en maison d’édition, les livres et leurs dessous me sont déjà familiers ; ma formation scientifique initiale sur une épaule et mon appétence pour l’informatique sur l’autre assurent mes arrières face aux défis techniques. Seul l’aspect commercial qui viendra après la publication m’intimide sérieusement, mais je compte sur ma formation de journaliste pour m’épauler une fois dans la jungle des réseaux sociaux.

Je m’attaque donc à la mise en ligne de ma chère magicienne. Je décide de commencer par le format numérique et de m’y restreindre pour ce premier essai : le défi est déjà assez conséquent, pas besoin d’ajouter de la difficulté. Et puis, je ne compte pas m’arrêter après un premier livre… Je dois d’abord choisir ma plateforme de publication. Cela fait déjà un moment que je les compare et mon choix s’est porté sur Bookelis. Mais à l’étape de l’ISBN (le numéro d’identité du livre), je me rends compte que le site n’est pas à jour par rapport à ce qui est indiqué sur le site de l’AFNIL (l’organisme qui délivre les ISBN). Je prends peur et décide de revoir ma stratégie.

J’avais d’abord opté pour une plateforme qui centralise tout et me permet de publier sur les sites de vente les plus fréquentés, le tout pour un coût minime voire nul et avec une procédure facilitée, tout en me laissant un contrôle et une autonomie maximales. Les sites de vente visés s’avèrent être Amazon et Kobo/La Fnac. Lesquels proposent déjà leur système de publication, en l’occurrence Kindle Direct Publishing (KDP) et Kobo Writing Life (KWL). Partant, pourquoi donc passer par un intermédiaire ? Je ne rechigne pas à me charger des aspects les plus techniques et le passage d’une seule plateforme à deux reste encore raisonnable pour moi. Direction donc KDP et KWL !

Je prends un mois pour suivre minutieusement les guides de mise en forme afin de préparer mon tapuscrit pour sa publication en ebook. Pas question qu’un problème technique vienne tout gâcher au dernier moment ! Arrivée fin septembre 2020, je suis au bout du processus, je n’ai plus qu’à cliquer sur publier. Le 1er octobre 2020 (ne me demandez pas pourquoi Amazon indique 30 septembre sur la page produit, une erreur d’horloge sans doute…), Angélique Hacker est disponible sur Amazon. Quelques jours plus tard, le roman est également disponible sur Kobo et le site de la Fnac.

J’ai réussi, j’ai enfin publié mon tout premier vrai roman, après quinze ans de travail ! J’ai à présent toute la promotion à faire sur la Toile, mais je suis fière de moi et tellement heureuse qu’Angèle fasse enfin le grand saut. Je me fais une promesse pour mes prochains romans : ne pas mettre autant de temps à arriver au bout du projet ! Mais avant cela, je dois encore terminer deux ouvrages commencés respectivement au collège et au lycée. Car, oui, la majeure partie de la rédaction d’Angélique Hacker s’est déroulée en parallèle de ses deux petits frères. Alors qu’Angèle entre en scène, Danaël revient de sa chasse aux éditeurs et Jenny écrit ses dernières pages…

À suivre !

Sarah T.

Processus d’écriture – Épisode 4 : La publication

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Au cours du billet précédent, je vous ai parlé de la phase cruciale de la relecture. Une fois celle-ci achevée, le temps est venu d’enfin publier ! Mais cette dernière étape ne se résume pas à cliquer sur un bouton, sous peine d’obtenir un résultat discutable… Voici venir la phase la plus technique : la création de l’objet livre, au format numérique ou papier !

La recherche d’éditeurs

Pour publier un livre, trois voies sont actuellement possibles : la maison d’édition (ce qu’on appelle l’édition à compte d’éditeur), le prestataire de services (aussi appelé édition à compte d’auteur) et l’autoédition. Dans le premier cas, la maison d’édition se charge de tout après l’écriture du roman et rémunère l’auteur·rice. Dans le deuxième cas, l’auteur·rice paye une entreprise pour sous-traiter un ensemble de services comme l’impression, la correction ou la distribution. Dans le troisième cas, l’auteur·rice se charge de tout, en utilisant les outils à sa disposition, pour des coûts variables. J’ai d’emblée éliminé l’édition à compte d’auteur car je considère que l’écrivain·e doit être payé·e pour son travail et non payer pour l’exercer. J’ai d’abord tenté l’édition à compte d’éditeur, avec Les Portes du chaos.

La première chose à faire était de choisir les maisons d’édition auxquelles proposer mon tapuscrit. J’ai longuement sélectionné celles éditant de la fantasy, se trouvant dans ma région et acceptant les envois numériques. Le premier critère est évident, afin que mon livre puisse s’inscrire dans la ligne éditoriale de la maison. Le deuxième revêt un aspect pratique : en cas de contrat signé avec une maison, j’aime pouvoir la rencontrer facilement ! Pour le troisième, je n’ai fait qu’un seul envoi papier : le coût en temps et en argent est tel que je n’ai plus eu recours qu’à des envois numériques par la suite.

Une fois les maisons sélectionnées, pas question d’envoyer le tapuscrit comme une bouteille à la mer. Chaque maison a ses exigences, notamment sur le roman lui-même (format de fichier, police et corps, interlignes, marges, retraits…) mais également sur les fichiers annexes : certaines demandent une biographie, d’autres un résumé, d’autres encore une lettre… Chaque envoi est donc préparé indépendamment, en suivant les directives sur le site web de la maison.

Une fois les envois expédiés, commence la longue (longue) phase d’attente des réponses. Entre les maisons qui prennent trois mois, celles qui en mettent six, celles qui ne répondent qu’au bout d’un an, celles qui ne répondent tout simplement pas… la patience est durement mise à l’épreuve. Quant aux réponses, quand elles arrivent enfin, entre les messages automatisés, ceux très génériques, certains très lacunaires, la plupart sans explications… je n’ai reçu que des refus. J’ai aussi reçu des contrats à compte d’auteur de la part de prestataires qui se font passer pour des maisons, ainsi que des appels à texte et à concours sans réponse sur mon tapuscrit. Je ne désespère pas de trouver un jour une maison d’édition avec laquelle je pourrai travailler, mais pour l’instant, mes efforts se sont trouvés infructueux, aussi me suis-je tournée vers l’autoédition.

Le choix d’une plateforme d’autopublication

De nombreuses plateformes proposent de distribuer vos livres en ligne : Bookelis, Edilivre, Librinova, Lulu, The Book Edition, Iggybook, Publishroom… Les tarifs, options et services sont très variés de l’une à l’autre et on peut facilement s’y perdre. J’ai donc commencé par les comparer.

Mon choix s’est finalement porté sur Amazon Kindle Direct Publishing (KDP) et Kobo Writing Life (KWL), pour plusieurs raisons. Ce sont les sites marchands les plus fréquentés et les plus connus, donc susceptibles de faire le plus de ventes. Ce sont les destinations finales de toutes les autres plateformes ou presque, qui sont des intermédiaires. La publication y est à la fois plutôt facile pour moi, assez guidée, rapide et gratuite. Les options et services sont corrects pour ce dont j’ai besoin et le rendu est bon. Sur KWL, je ne peux publier qu’au format numérique. Sur KDP, j’ai le choix de publier en numérique et en papier.

J’ai d’abord choisi de publier en livre numérique pour mon premier roman, Angélique Hacker (pendant que Les Portes du chaos tentait sa chance auprès des maisons d’édition). Cela me paraissait plus simple, facile et rapide pour commencer : en effet, le livre numérique est moins exigeant pour la mise en page, la couverture et les démarches légales. La disponibilité est un peu plus rapide que pour le format papier qui requiert un temps d’impression et des étapes supplémentaires. La mise à jour est aussi très facile. Enfin, même si le livre numérique est encore trop boudé face au papier, il est lisible sur de multiples appareils : liseuse mais aussi téléphone, tablette et ordinateur.

Pour mon deuxième roman, Les Portes du chaos, revenu de vingt-deux envois aux maisons dont quinze refus, trois absences de réponse et quatre prestataires déguisés en maison, j’ai voulu essayer le format papier. Plusieurs plateformes proposent l’impression à la demande, dont Amazon KDP, vers lequel je me suis donc tournée. Le rendu est correct et le service reste gratuit même si les redevances sont moindres que pour le livre numérique. Une épreuve (un exemplaire du livre imprimé, non destiné à la vente mais uniquement pour vérification) est possible avant publication et je peux commander des exemplaires après la mise en vente. Ce format a quelques exigences supplémentaires de mise en page, ainsi que de démarches légales (que je pourrai détailler dans un billet à part si cela vous intéresse), dont le dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France.

La mise en forme du livre papier

Fabriquer un livre en tant qu’objet, surtout au format papier, ne consiste pas à se contenter de couler le texte tel quel puis de l’imprimer. Vous pouvez essayer, vous vous apercevrez rapidement de détails inconvenants : la première ligne d’un nouveau paragraphe seule en bas de page (ou la même chose en haut de page pour la dernière ligne d’un paragraphe, ce qu’on nomme respectivement une veuve et une orpheline), des paragraphes qui se terminent avec un mot ou la fin d’un mot seul sur la dernière ligne (qu’on appelle alors creuse), des espaces anormalement larges sur certaines lignes… Autant de détails disgracieux qui, s’ils ne modifient en rien le contenu de l’histoire, peuvent sérieusement entacher l’expérience de lecture. La qualité d’un livre se juge autant sur son contenu (l’intrigue, les personnages, l’univers…) que sur ses habits (l’orthographe, la typographie…) mais aussi sur la façon dont il porte ces derniers (la mise en page). La présentation d’un livre papier obéit à quelques règles, qui diffèrent légèrement du format numérique.

Le choix du logiciel de mise en page est donc crucial pour la création d’un livre papier. Pour ma part, j’utilise encore Word, en suivant les guides de mise en page fournis sur les aides Kindle Direct Publishing et Kobo Writing Life. Ce n’est pas la solution idéale, car Word manque de nombreuses options pour gérer la mise en page (notamment en ce qui concerne l’approche, les césures ou encore les veuves et orphelines). Je suis donc obligée de repasser intégralement sur mon roman (oui, encore une fois !) pour vérifier chaque fin de ligne et de page, et de faire les modifications qui s’imposent à la main, au cas par cas, le plus souvent en modifiant le texte pour qu’il tombe bien. Si j’utilisais un logiciel plus avancé, comme InDesign, tout ceci serait automatisé et demanderait bien moins de modifications dans le texte. J’ai dû arbitrer entre le coût, la disponibilité, la fréquence d’usage, l’existence de guides de compatibilité des plateformes… Ce qui aboutit pour l’instant à l’utilisation de Word. Mais à l’avenir, je souhaiterais mettre en page mes futurs romans sur InDesign, ou un logiciel équivalent.

Après avoir sué sang et eau sur la mise en page intérieure du livre, une épreuve reste à passer pour obtenir un roman au format papier : la couverture. Très exigeante pour la version papier, elle demande en effet des mesures précises et une qualité d’image optimale pour l’impression. Je peux ainsi facilement y passer deux journées. Pour mes trois premiers romans, j’ai fait toutes mes couvertures moi-même. N’étant pas graphiste et encore moins illustratrice, le résultat est volontairement très épuré, simple et direct. Je tenais à expérimenter la création de couverture, pour comprendre les spécificités et difficultés. À l’avenir, toutefois, j’envisage de me mettre à la recherche de collaborations avec des illustrateur·rice·s ou des graphistes afin d’obtenir des couvertures visuellement plus attractives.

La mise en forme du livre numérique

Pour publier au format numérique, quelques spécificités sont à garder en tête. La plus importante d’entre elles est que le livre numérique ne comporte pas de pages, en ce qui concerne les romans. Si les bandes dessinées ont une mise en page fixe sur tous les appareils, les livres composés essentiellement de texte offrent la possibilité de s’adapter au lectorat dans leur forme : on appelle cela le format réajustable. Sur sa liseuse ou son application de lecture, le lectorat a le choix de la police, de sa taille et d’autres options pour améliorer le confort de lecture. Par conséquent, l’écran pourra afficher plus ou moins de texte à la fois. La notion de page fixe disparaît donc au profit de celle d’emplacement, qui correspond à un pourcentage du texte parcouru.

À partir de ce point, on en déduit que le livre numérique ne comporte plus ni numéros de page, ni en-têtes, ni pieds de page, ni pages de gauche et pages de droite. Il ne comprend plus que des sections, de sorte que les pages liminaires et annexes (page de titre, dédicace, remerciements…) soient bien séparées les unes des autres, et que chaque chapitre commence en haut d’un nouvel écran, même si le lectorat règle la police sur la taille minimale. Mais le contenu de chaque section s’enchaînera tout comme sur une page web, comme si le lectorat se contentait de scroller une longue bande de papier.

Le format réajustable améliore l’accessibilité des livres pour le lectorat, notamment en laissant ce dernier choisir la taille de police par exemple. Le revers de la médaille, pour les auteur·rice·s, est la destruction de la mise en page. Ce faisant, si le livre est plus facile à lire par exemple pour les personnes ayant besoin de plus grands caractères, il est en contrepartie plus disgracieux, au regard des règles typographiques. Ces dernières peuvent sembler obscures et anecdotiques, mais ce sont elles, dans l’ombre, qui vous rendent un livre plus agréable.

Je pense en particulier aux veuves, orphelines et creuses, ainsi qu’aux césures (ou coupures ou encore divisions) de mots en fin de ligne. Avec le format réajustable, impossible de les contrôler ! Pour l’heure, les logiciels de lecture de livres numériques ne gèrent que partiellement et imparfaitement ces détails, mais j’espère qu’à l’avenir, ils seront plus performants, ou du moins offriront la possibilité aux auteur·rice·s de spécifier davantage de paramètres.

Une fois le fichier formaté pour la lecture numérique, quelques problèmes restent à résoudre. En premier, le choix du format de fichier. Tout comme pour les fichiers audio ou vidéo, les fichiers texte existent sous de multiples extensions : DOC, PDF, TXT, EPUB, MOBI, AZW, KPF… Deux paramètres entrent en compte dans mon choix : la compatibilité avec la plateforme de destination et la maîtrise du format. Pour le premier, comme je publie sur Amazon et Kobo, je dois choisir un format que ces plateformes peuvent traiter facilement avec le moins d’erreurs. Plusieurs solutions sont possibles. Pour ma part, j’ai choisi EPUB, qui convient aux deux plateformes (donc possibilité d’utiliser le même fichier), ne nécessite pas de conversion majeure supplémentaire (donc réduit les erreurs) et est très proche du rendu final (je peux notamment le prévisualiser avant de le mettre en ligne). J’y ai facilement accès grâce au logiciel Calibre, dans lequel je convertis mon DOC de travail en EPUB, tout en ayant la possibilité de contrôler un certain nombres de paramètres et même de modifier l’EPUB, à condition de parler un peu de HTML.

Je prends ensuite le temps de prévisualiser mon EPUB pour avoir une idée du rendu dans les logiciels de lecture de livres numériques. Pour Amazon, la procédure est facilitée par le logiciel Kindle Previewer. Pour Kobo, en revanche, pas de logiciel de prévisualisation : je peux m’approcher du rendu final avec Adobe Digital Editions, mais impossible de connaître le rendu exact sur une appli ou une liseuse Kobo, contrairement à Amazon dont le logiciel donne le même aspect que sur les lecteurs Kindle.

Et après ?

Une fois le mode de publication choisi, la plateforme d’autoédition sélectionnée, les fichiers préparés et mis en ligne, les démarches légales effectuées pour le format papier… le livre est en vente en ligne, il vit sa vie, rencontre son lectorat ! Je n’ai plus qu’à suivre mes ventes… ou presque. Car si je veux en faire, je dois d’abord faire connaître mon travail. Nous entrons là dans l’univers du marketing, territoire inconnu pour de nombreux·euses artistes (moi comprise).

J’ai choisi de façonner ce site, pour y rassembler toutes les informations et liens sur mes livres, proposer des billets de blog et un moyen de contact. J’ai élaboré mon profil autrice sur différents réseaux sociaux parmi mes préférés : Facebook, Twitter, Mastodon, Diaspora… J’ai ajouté la fiche de mon livre sur les bibliothèques en ligne (et y ai ouvert mon compte de lectrice au passage) comme Babelio, Booknode et Livraddict. J’ai créé ma page Utip, pour donner la possibilité à mon lectorat de continuer à me soutenir même après avoir acheté, lu et parlé de mes livres.

Je fais de mon mieux, en apprenant sur le tas, en essayant de vous proposer divers contenus, en interagissant avec les communautés d’auteur·rice·s et de lecteur·rice·s. Mais le marketing le plus efficace reste encore le bouche à oreille ! 😉 Cette aventure continue donc avec vous !

À très vite !

Sarah T.

Processus d’écriture – Épisode 3 : La relecture

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Au cours du billet précédent, je vous ai raconté comment j’écrivais le roman, sur un cahier puis sur un ordinateur. Mais une fois le deuxième jet terminé, le travail n’est pas fini ! Commence la longue et fastidieuse mais néanmoins cruciale phase de la (ou plutôt des) relecture.

La première relecture et deuxième récriture

Le deuxième jet achevé sur l’ordinateur, je le laisse reposer quelques jours, histoire de sortir mon nez du récit pour avoir un œil un peu plus frais. J’y reviens alors pour une première relecture intégrale, au cours de laquelle j’essaie de juger le roman dans son ensemble. Je ne m’attache pas encore aux détails de forme, mais je vérifie la cohérence globale, je repère les passages à retravailler, je continue à noter les mots sur lesquels me pencher lors de l’étape suivante… Je tente d’avoir un regard critique sur le roman dans sa globalité, sur son intrigue, la cohérence des personnages et des péripéties, ainsi que le style. Lors de cette étape, les récritures peuvent être conséquentes et on peut parler de troisième jet. C’est à ce moment que le récit prend sa première forme (presque) finale.

Les corrections de fond et de forme

Une fois le roman relu une première fois et les éléments ne me plaisant pas repris, j’obtiens une histoire achevée me convenant sur le fond. Je peux donc m’attaquer à l’étape dite de correction, au cours de laquelle j’opère une traque minutieuse de tous les éléments de fond et de forme qui méritent une vérification : orthographe, typographie, conjugaison, grammaire, noms propres, majuscules, pluriels, descriptions des personnages et des lieux, rythme des dialogues…

Je ne saurais que trop conseiller de confier cette étape à un·e correcteur·rice professionnel·le si vous en avez le budget.

Dans mon cas, je m’occupe de cette étape seule. Elle prend un temps non négligeable, car les éléments à vérifier sont très nombreux et demandent parfois de relire intégralement le roman. Elle ne donne habituellement pas lieu à de grosses récritures de fond, qui auront été faites lors des deux étapes précédentes, mais elle peut occasionnellement entraîner par exemple un changement de nom d’un personnage ou d’un lieu.

Lors de cette étape, je traque tous les petits détails de style et de forme de manière à obtenir une histoire que je peux montrer à un lectorat. Cette phase comporte des points structurés selon un plan que je peaufine roman après roman. Elle me demande du temps, une énorme concentration et beaucoup de motivation. Je garde en ligne de mire les étapes finales !

La bêta-lecture et les dernières corrections (ou la troisième récriture)

Lorsque le roman me paraît présentable, que le fond est achevé et la forme soignée, je le soumets à une bêta-lecture. Du moins, c’est ce que j’ai fait pour mes deux premiers romans publiés et pour celui en cours de préparation au moment où je rédige ce billet. Je souhaitais avoir un œil extérieur de confiance pour détecter des éléments qui auraient pu m’échapper… et savoir si je travaillais pour rien sur un torchon !

Les retours de bêta-lecture sont parmi les plus difficiles à traiter, non pas parce qu’ils seraient fastidieux (contrairement aux corrections ortho-typo), mais parce qu’ils peuvent être durs à entendre et demandent toujours un choix. Avoir un regard extérieur sur son histoire qui trouve mauvais certains éléments qu’on aimait bien, cela peut être compliqué à accepter. On peut s’apercevoir à cette occasion d’une très grosse erreur commise dans tout le roman (voire dans les romans précédents !) qu’on n’avait pas remarquée. De plus, le retour de bêta-lecture s’attarde naturellement sur les points problématiques plutôt que sur ce qui fonctionne. On peut donc avoir l’impression que notre roman est nul ! Enfin, sur chaque remarque, on se pose la question de savoir comment la prendre en compte : doit-on suivre les suggestions ou persister à sa guise ?

Cette étape est plus éprouvante que les précédentes : si ces dernières demandaient beaucoup de temps, de créativité, de minutie et d’endurance, celle-ci requiert suffisamment de confiance en soi pour faire face à ses propres erreurs de fond et les corriger. Si les autres étapes tenaient davantage de la création et du peaufinage, celle-ci prend des airs d’évaluation, ou de pré-évaluation avant la sanction finale par le lectorat lui-même.

Heureusement, elle constitue la dernière épreuve à franchir avant la phase finale (et non des moindres) : la publication.

À suivre !

Sarah T.