Processus d’écriture – Épisode 4 : La publication

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Au cours du billet précédent, je vous ai parlé de la phase cruciale de la relecture. Une fois celle-ci achevée, le temps est venu d’enfin publier ! Mais cette dernière étape ne se résume pas à cliquer sur un bouton, sous peine d’obtenir un résultat discutable… Voici venir la phase la plus technique : la création de l’objet livre, au format numérique ou papier !

La recherche d’éditeurs

Pour publier un livre, trois voies sont actuellement possibles : la maison d’édition (ce qu’on appelle l’édition à compte d’éditeur), le prestataire de services (aussi appelé édition à compte d’auteur) et l’autoédition. Dans le premier cas, la maison d’édition se charge de tout après l’écriture du roman et rémunère l’auteur·rice. Dans le deuxième cas, l’auteur·rice paye une entreprise pour sous-traiter un ensemble de services comme l’impression, la correction ou la distribution. Dans le troisième cas, l’auteur·rice se charge de tout, en utilisant les outils à sa disposition, pour des coûts variables. J’ai d’emblée éliminé l’édition à compte d’auteur car je considère que l’écrivain·e doit être payé·e pour son travail et non payer pour l’exercer. J’ai d’abord tenté l’édition à compte d’éditeur, avec Les Portes du chaos.

La première chose à faire était de choisir les maisons d’édition auxquelles proposer mon tapuscrit. J’ai longuement sélectionné celles éditant de la fantasy, se trouvant dans ma région et acceptant les envois numériques. Le premier critère est évident, afin que mon livre puisse s’inscrire dans la ligne éditoriale de la maison. Le deuxième revêt un aspect pratique : en cas de contrat signé avec une maison, j’aime pouvoir la rencontrer facilement ! Pour le troisième, je n’ai fait qu’un seul envoi papier : le coût en temps et en argent est tel que je n’ai plus eu recours qu’à des envois numériques par la suite.

Une fois les maisons sélectionnées, pas question d’envoyer le tapuscrit comme une bouteille à la mer. Chaque maison a ses exigences, notamment sur le roman lui-même (format de fichier, police et corps, interlignes, marges, retraits…) mais également sur les fichiers annexes : certaines demandent une biographie, d’autres un résumé, d’autres encore une lettre… Chaque envoi est donc préparé indépendamment, en suivant les directives sur le site web de la maison.

Une fois les envois expédiés, commence la longue (longue) phase d’attente des réponses. Entre les maisons qui prennent trois mois, celles qui en mettent six, celles qui ne répondent qu’au bout d’un an, celles qui ne répondent tout simplement pas… la patience est durement mise à l’épreuve. Quant aux réponses, quand elles arrivent enfin, entre les messages automatisés, ceux très génériques, certains très lacunaires, la plupart sans explications… je n’ai reçu que des refus. J’ai aussi reçu des contrats à compte d’auteur de la part de prestataires qui se font passer pour des maisons, ainsi que des appels à texte et à concours sans réponse sur mon tapuscrit. Je ne désespère pas de trouver un jour une maison d’édition avec laquelle je pourrai travailler, mais pour l’instant, mes efforts se sont trouvés infructueux, aussi me suis-je tournée vers l’autoédition.

Le choix d’une plateforme d’autopublication

De nombreuses plateformes proposent de distribuer vos livres en ligne : Bookelis, Edilivre, Librinova, Lulu, The Book Edition, Iggybook, Publishroom… Les tarifs, options et services sont très variés de l’une à l’autre et on peut facilement s’y perdre. J’ai donc commencé par les comparer.

Mon choix s’est finalement porté sur Amazon Kindle Direct Publishing (KDP) et Kobo Writing Life (KWL), pour plusieurs raisons. Ce sont les sites marchands les plus fréquentés et les plus connus, donc susceptibles de faire le plus de ventes. Ce sont les destinations finales de toutes les autres plateformes ou presque, qui sont des intermédiaires. La publication y est à la fois plutôt facile pour moi, assez guidée, rapide et gratuite. Les options et services sont corrects pour ce dont j’ai besoin et le rendu est bon. Sur KWL, je ne peux publier qu’au format numérique. Sur KDP, j’ai le choix de publier en numérique et en papier.

J’ai d’abord choisi de publier en livre numérique pour mon premier roman, Angélique Hacker (pendant que Les Portes du chaos tentait sa chance auprès des maisons d’édition). Cela me paraissait plus simple, facile et rapide pour commencer : en effet, le livre numérique est moins exigeant pour la mise en page, la couverture et les démarches légales. La disponibilité est un peu plus rapide que pour le format papier qui requiert un temps d’impression et des étapes supplémentaires. La mise à jour est aussi très facile. Enfin, même si le livre numérique est encore trop boudé face au papier, il est lisible sur de multiples appareils : liseuse mais aussi téléphone, tablette et ordinateur.

Pour mon deuxième roman, Les Portes du chaos, revenu de vingt-deux envois aux maisons dont quinze refus, trois absences de réponse et quatre prestataires déguisés en maison, j’ai voulu essayer le format papier. Plusieurs plateformes proposent l’impression à la demande, dont Amazon KDP, vers lequel je me suis donc tournée. Le rendu est correct et le service reste gratuit même si les redevances sont moindres que pour le livre numérique. Une épreuve (un exemplaire du livre imprimé, non destiné à la vente mais uniquement pour vérification) est possible avant publication et je peux commander des exemplaires après la mise en vente. Ce format a quelques exigences supplémentaires de mise en page, ainsi que de démarches légales (que je pourrai détailler dans un billet à part si cela vous intéresse), dont le dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France.

La mise en forme du livre papier

Fabriquer un livre en tant qu’objet, surtout au format papier, ne consiste pas à se contenter de couler le texte tel quel puis de l’imprimer. Vous pouvez essayer, vous vous apercevrez rapidement de détails inconvenants : la première ligne d’un nouveau paragraphe seule en bas de page (ou la même chose en haut de page pour la dernière ligne d’un paragraphe, ce qu’on nomme respectivement une veuve et une orpheline), des paragraphes qui se terminent avec un mot ou la fin d’un mot seul sur la dernière ligne (qu’on appelle alors creuse), des espaces anormalement larges sur certaines lignes… Autant de détails disgracieux qui, s’ils ne modifient en rien le contenu de l’histoire, peuvent sérieusement entacher l’expérience de lecture. La qualité d’un livre se juge autant sur son contenu (l’intrigue, les personnages, l’univers…) que sur ses habits (l’orthographe, la typographie…) mais aussi sur la façon dont il porte ces derniers (la mise en page). La présentation d’un livre papier obéit à quelques règles, qui diffèrent légèrement du format numérique.

Le choix du logiciel de mise en page est donc crucial pour la création d’un livre papier. Pour ma part, j’utilise encore Word, en suivant les guides de mise en page fournis sur les aides Kindle Direct Publishing et Kobo Writing Life. Ce n’est pas la solution idéale, car Word manque de nombreuses options pour gérer la mise en page (notamment en ce qui concerne l’approche, les césures ou encore les veuves et orphelines). Je suis donc obligée de repasser intégralement sur mon roman (oui, encore une fois !) pour vérifier chaque fin de ligne et de page, et de faire les modifications qui s’imposent à la main, au cas par cas, le plus souvent en modifiant le texte pour qu’il tombe bien. Si j’utilisais un logiciel plus avancé, comme InDesign, tout ceci serait automatisé et demanderait bien moins de modifications dans le texte. J’ai dû arbitrer entre le coût, la disponibilité, la fréquence d’usage, l’existence de guides de compatibilité des plateformes… Ce qui aboutit pour l’instant à l’utilisation de Word. Mais à l’avenir, je souhaiterais mettre en page mes futurs romans sur InDesign, ou un logiciel équivalent.

Après avoir sué sang et eau sur la mise en page intérieure du livre, une épreuve reste à passer pour obtenir un roman au format papier : la couverture. Très exigeante pour la version papier, elle demande en effet des mesures précises et une qualité d’image optimale pour l’impression. Je peux ainsi facilement y passer deux journées. Pour mes trois premiers romans, j’ai fait toutes mes couvertures moi-même. N’étant pas graphiste et encore moins illustratrice, le résultat est volontairement très épuré, simple et direct. Je tenais à expérimenter la création de couverture, pour comprendre les spécificités et difficultés. À l’avenir, toutefois, j’envisage de me mettre à la recherche de collaborations avec des illustrateur·rice·s ou des graphistes afin d’obtenir des couvertures visuellement plus attractives.

La mise en forme du livre numérique

Pour publier au format numérique, quelques spécificités sont à garder en tête. La plus importante d’entre elles est que le livre numérique ne comporte pas de pages, en ce qui concerne les romans. Si les bandes dessinées ont une mise en page fixe sur tous les appareils, les livres composés essentiellement de texte offrent la possibilité de s’adapter au lectorat dans leur forme : on appelle cela le format réajustable. Sur sa liseuse ou son application de lecture, le lectorat a le choix de la police, de sa taille et d’autres options pour améliorer le confort de lecture. Par conséquent, l’écran pourra afficher plus ou moins de texte à la fois. La notion de page fixe disparaît donc au profit de celle d’emplacement, qui correspond à un pourcentage du texte parcouru.

À partir de ce point, on en déduit que le livre numérique ne comporte plus ni numéros de page, ni en-têtes, ni pieds de page, ni pages de gauche et pages de droite. Il ne comprend plus que des sections, de sorte que les pages liminaires et annexes (page de titre, dédicace, remerciements…) soient bien séparées les unes des autres, et que chaque chapitre commence en haut d’un nouvel écran, même si le lectorat règle la police sur la taille minimale. Mais le contenu de chaque section s’enchaînera tout comme sur une page web, comme si le lectorat se contentait de scroller une longue bande de papier.

Le format réajustable améliore l’accessibilité des livres pour le lectorat, notamment en laissant ce dernier choisir la taille de police par exemple. Le revers de la médaille, pour les auteur·rice·s, est la destruction de la mise en page. Ce faisant, si le livre est plus facile à lire par exemple pour les personnes ayant besoin de plus grands caractères, il est en contrepartie plus disgracieux, au regard des règles typographiques. Ces dernières peuvent sembler obscures et anecdotiques, mais ce sont elles, dans l’ombre, qui vous rendent un livre plus agréable.

Je pense en particulier aux veuves, orphelines et creuses, ainsi qu’aux césures (ou coupures ou encore divisions) de mots en fin de ligne. Avec le format réajustable, impossible de les contrôler ! Pour l’heure, les logiciels de lecture de livres numériques ne gèrent que partiellement et imparfaitement ces détails, mais j’espère qu’à l’avenir, ils seront plus performants, ou du moins offriront la possibilité aux auteur·rice·s de spécifier davantage de paramètres.

Une fois le fichier formaté pour la lecture numérique, quelques problèmes restent à résoudre. En premier, le choix du format de fichier. Tout comme pour les fichiers audio ou vidéo, les fichiers texte existent sous de multiples extensions : DOC, PDF, TXT, EPUB, MOBI, AZW, KPF… Deux paramètres entrent en compte dans mon choix : la compatibilité avec la plateforme de destination et la maîtrise du format. Pour le premier, comme je publie sur Amazon et Kobo, je dois choisir un format que ces plateformes peuvent traiter facilement avec le moins d’erreurs. Plusieurs solutions sont possibles. Pour ma part, j’ai choisi EPUB, qui convient aux deux plateformes (donc possibilité d’utiliser le même fichier), ne nécessite pas de conversion majeure supplémentaire (donc réduit les erreurs) et est très proche du rendu final (je peux notamment le prévisualiser avant de le mettre en ligne). J’y ai facilement accès grâce au logiciel Calibre, dans lequel je convertis mon DOC de travail en EPUB, tout en ayant la possibilité de contrôler un certain nombres de paramètres et même de modifier l’EPUB, à condition de parler un peu de HTML.

Je prends ensuite le temps de prévisualiser mon EPUB pour avoir une idée du rendu dans les logiciels de lecture de livres numériques. Pour Amazon, la procédure est facilitée par le logiciel Kindle Previewer. Pour Kobo, en revanche, pas de logiciel de prévisualisation : je peux m’approcher du rendu final avec Adobe Digital Editions, mais impossible de connaître le rendu exact sur une appli ou une liseuse Kobo, contrairement à Amazon dont le logiciel donne le même aspect que sur les lecteurs Kindle.

Et après ?

Une fois le mode de publication choisi, la plateforme d’autoédition sélectionnée, les fichiers préparés et mis en ligne, les démarches légales effectuées pour le format papier… le livre est en vente en ligne, il vit sa vie, rencontre son lectorat ! Je n’ai plus qu’à suivre mes ventes… ou presque. Car si je veux en faire, je dois d’abord faire connaître mon travail. Nous entrons là dans l’univers du marketing, territoire inconnu pour de nombreux·euses artistes (moi comprise).

J’ai choisi de façonner ce site, pour y rassembler toutes les informations et liens sur mes livres, proposer des billets de blog et un moyen de contact. J’ai élaboré mon profil autrice sur différents réseaux sociaux parmi mes préférés : Facebook, Twitter, Mastodon, Diaspora… J’ai ajouté la fiche de mon livre sur les bibliothèques en ligne (et y ai ouvert mon compte de lectrice au passage) comme Babelio, Booknode et Livraddict. J’ai créé ma page Utip, pour donner la possibilité à mon lectorat de continuer à me soutenir même après avoir acheté, lu et parlé de mes livres.

Je fais de mon mieux, en apprenant sur le tas, en essayant de vous proposer divers contenus, en interagissant avec les communautés d’auteur·rice·s et de lecteur·rice·s. Mais le marketing le plus efficace reste encore le bouche à oreille ! 😉 Cette aventure continue donc avec vous !

À très vite !

Sarah T.

Processus d’écriture – Épisode 3 : La relecture

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Au cours du billet précédent, je vous ai raconté comment j’écrivais le roman, sur un cahier puis sur un ordinateur. Mais une fois le deuxième jet terminé, le travail n’est pas fini ! Commence la longue et fastidieuse mais néanmoins cruciale phase de la (ou plutôt des) relecture.

La première relecture et deuxième récriture

Le deuxième jet achevé sur l’ordinateur, je le laisse reposer quelques jours, histoire de sortir mon nez du récit pour avoir un œil un peu plus frais. J’y reviens alors pour une première relecture intégrale, au cours de laquelle j’essaie de juger le roman dans son ensemble. Je ne m’attache pas encore aux détails de forme, mais je vérifie la cohérence globale, je repère les passages à retravailler, je continue à noter les mots sur lesquels me pencher lors de l’étape suivante… Je tente d’avoir un regard critique sur le roman dans sa globalité, sur son intrigue, la cohérence des personnages et des péripéties, ainsi que le style. Lors de cette étape, les récritures peuvent être conséquentes et on peut parler de troisième jet. C’est à ce moment que le récit prend sa première forme (presque) finale.

Les corrections de fond et de forme

Une fois le roman relu une première fois et les éléments ne me plaisant pas repris, j’obtiens une histoire achevée me convenant sur le fond. Je peux donc m’attaquer à l’étape dite de correction, au cours de laquelle j’opère une traque minutieuse de tous les éléments de fond et de forme qui méritent une vérification : orthographe, typographie, conjugaison, grammaire, noms propres, majuscules, pluriels, descriptions des personnages et des lieux, rythme des dialogues…

Je ne saurais que trop conseiller de confier cette étape à un·e correcteur·rice professionnel·le si vous en avez le budget.

Dans mon cas, je m’occupe de cette étape seule. Elle prend un temps non négligeable, car les éléments à vérifier sont très nombreux et demandent parfois de relire intégralement le roman. Elle ne donne habituellement pas lieu à de grosses récritures de fond, qui auront été faites lors des deux étapes précédentes, mais elle peut occasionnellement entraîner par exemple un changement de nom d’un personnage ou d’un lieu.

Lors de cette étape, je traque tous les petits détails de style et de forme de manière à obtenir une histoire que je peux montrer à un lectorat. Cette phase comporte des points structurés selon un plan que je peaufine roman après roman. Elle me demande du temps, une énorme concentration et beaucoup de motivation. Je garde en ligne de mire les étapes finales !

La bêta-lecture et les dernières corrections (ou la troisième récriture)

Lorsque le roman me paraît présentable, que le fond est achevé et la forme soignée, je le soumets à une bêta-lecture. Du moins, c’est ce que j’ai fait pour mes deux premiers romans publiés et pour celui en cours de préparation au moment où je rédige ce billet. Je souhaitais avoir un œil extérieur de confiance pour détecter des éléments qui auraient pu m’échapper… et savoir si je travaillais pour rien sur un torchon !

Les retours de bêta-lecture sont parmi les plus difficiles à traiter, non pas parce qu’ils seraient fastidieux (contrairement aux corrections ortho-typo), mais parce qu’ils peuvent être durs à entendre et demandent toujours un choix. Avoir un regard extérieur sur son histoire qui trouve mauvais certains éléments qu’on aimait bien, cela peut être compliqué à accepter. On peut s’apercevoir à cette occasion d’une très grosse erreur commise dans tout le roman (voire dans les romans précédents !) qu’on n’avait pas remarquée. De plus, le retour de bêta-lecture s’attarde naturellement sur les points problématiques plutôt que sur ce qui fonctionne. On peut donc avoir l’impression que notre roman est nul ! Enfin, sur chaque remarque, on se pose la question de savoir comment la prendre en compte : doit-on suivre les suggestions ou persister à sa guise ?

Cette étape est plus éprouvante que les précédentes : si ces dernières demandaient beaucoup de temps, de créativité, de minutie et d’endurance, celle-ci requiert suffisamment de confiance en soi pour faire face à ses propres erreurs de fond et les corriger. Si les autres étapes tenaient davantage de la création et du peaufinage, celle-ci prend des airs d’évaluation, ou de pré-évaluation avant la sanction finale par le lectorat lui-même.

Heureusement, elle constitue la dernière épreuve à franchir avant la phase finale (et non des moindres) : la publication.

À suivre !

Sarah T.

Processus d’écriture – Épisode 2 : la rédaction

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Dans le billet précédent, je vous ai raconté comment me venaient mes idées de romans et comment je les préparais avant de passer à l’écriture elle-même. Cette fois-ci, je vous propose de rentrer dans le vif du sujet et sans doute la phase la plus longue de l’élaboration du roman.

La rédaction du premier jet sur un cahier

J’aime commencer à rédiger mes romans sur un cahier. J’y fais un premier jet que je retranscrirai sur ordinateur lorsqu’il sera terminé.

Cette méthode présente deux avantages pour moi. D’abord, elle me laisse la possibilité d’écrire presque n’importe où et n’importe quand, le cahier étant beaucoup moins encombrant et moins long à ouvrir que l’ordinateur.

Certains de mes travaux font exception à cette règle et sont directement rédigés sur ordinateur. C’est notamment le cas de la plupart de mes nouvelles ou encore de mes poèmes. Ce fut également le cas pour Les Portes du chaos, qui n’était à l’origine pas prévu comme un projet de roman principal (je vous conterai tout cela dans un prochain billet « Histoire d’une publication : Les Portes du chaos »). En revanche, la plupart de mes gros romans principaux passent toujours par le cahier. Angélique Hacker a ainsi eu droit à un joli cahier petit format, tandis que mon roman actuellement en cours de préparation a vu son premier jet s’étaler sur un cahier petit format et un cahier grand format.

Jusque-là, j’ai écrit ces brouillons au crayon de papier, pensant que cela serait plus simple pour raturer (ce qui arrive inévitablement dans un brouillon), puisque je n’aurais qu’à gommer et récrire. Or la pratique est allée autrement : je n’ai jamais gommé, me contentant de barrer les passages qui ne me convenaient pas. En effet, dans l’effervescence de l’écriture, la rature et poursuite de l’écriture avec le même crayon, dans la continuité du geste, est bien plus rapide que l’interruption pour saisir la gomme, effacer proprement, puis récrire. Par ailleurs, dans un brouillon, garder une trace des essais précédents est toujours utile. Aussi, se munir d’outils pour effacer (gomme, blanc, effaceur…) se révèle inutile face aux ratures certes moins esthétiques, mais bien plus rapides et parfois utiles pour archive. La facilité d’effaçage du crayon par rapport au stylo à encre se montre alors tout aussi vaine. Ses avantages disparus laissent apparaître quelques désavantages. Le crayon a besoin d’être taillé très (trop) régulièrement, ce qui a tendance à interrompre l’écriture et surtout à compliquer la relecture puisque le texte se trouve alternativement gros et flou puis net et fin. Dans ce cas, me direz-vous, je n’ai qu’à opter pour un porte-mine. Mais crayon ou porte-mine, le plus gros désavantage reste le même : l’écriture finit par s’effacer avec le temps… D’autant plus que je suis gauchère et que le tranchant de ma main passe donc allègrement sur les passages déjà écrits, dissolvant quelque peu les pigments dans la feuille ! La faute à un papier de mauvaise qualité et un crayon mal choisi ? Quelle que soit la raison, mon choix est fait pour les romans suivants : j’essaierai le stylo ! Cela ne résoudra pas ce problème si connu des personnes gauchères, mais au moins les mots ne s’effaceront plus…

Cette étape est généralement la plus longue. Elle me demande beaucoup de motivation et de temps, ainsi qu’une certaine forme d’autodiscipline. C’est aussi la plus créative, autant dans les idées de péripéties, de répliques ou de description que dans la langue et le rythme.

Son organisation n’est pas encore fixée puisque j’écris pour l’instant surtout comme et quand je peux. Je rédige l’histoire intégralement, en essayant de lui donner déjà une forme qui me plaît. Je me réfère à mes fiches quand j’en ai besoin et en crée de nouvelles au gré de mes idées.

Une fois le point final posé sur ce premier jet, on peut dire qu’une première grosse partie du travail est terminée et un immense sentiment de soulagement et de fierté m’envahit ! Mais le roman est loin, très loin d’être terminé…

La retranscription sur ordinateur (première récriture)

Une fois le premier jet terminé, je le tape entièrement à l’ordinateur. Je profite de cette étape pour opérer une première récriture du texte. Je ne retranscris pas mot pour mot sans me demander si chaque phrase me convient. Le cas échéant, je peux transformer totalement un passage, en ajouter un, plus rarement en supprimer un.

Lors de cette phase, je ne me préoccupe pas encore de la mise en page, si ce n’est des changements de paragraphe et de chapitres, de manière succincte. Je ne m’attache pas encore à l’orthographe et la typographie (dans la mesure de mes réflexes de correctrice, bien sûr !), mais je repère déjà les mots qui pourraient poser des problèmes, en particulier les majuscules que j’aurai à harmoniser, et les note à part.

Cette étape, supposément moins longue que la précédente, peut cependant prendre beaucoup de temps en fonction de la qualité du premier jet. Pour mon roman en cours d’élaboration, le deuxième jet a été plus rapide que le premier, mais pour Angélique Hacker, il a été beaucoup plus long car j’ai dû reprendre entièrement le brouillon.

Une fois cette étape terminée, j’ai droit à un deuxième sentiment bien agréable d’accomplissement. La plus grosse moitié du boulot est faite, mais un long travail reste encore à accomplir…

À suivre !

Sarah T.

Processus d’écriture – Épisode 1 : l’idée de roman

Dans « Processus d’écriture », je vous emmène découvrir mes méthodes de travail et la façon dont je passe d’une idée à un roman publié.

Le cœur du roman, c’est la phase d’écriture. Mais avant de pouvoir coucher les premiers mots sur le papier, de nombreuses étapes sont à franchir, qui varient pour chaque auteur·rice. Voici les miennes !

Le flash de l’idée

Chez moi, un roman commence généralement par un flash.

Je peux être en train de faire absolument n’importe quoi. Cela peut arriver à n’importe quelle heure, n’importe quel jour, à n’importe quel endroit.

Bien sûr, certains facteurs sont fortement favorables : l’écoute de musique, la lecture ou le visionnage d’une œuvre, ou bien une activité propice au vagabondage mental (comme la douche)…

Mais le flash peut aussi parfois se manifester en plein travail sur autre chose, dans les transports, pendant une conversation…

À ce moment, ma pensée tourne à plein régime et passe en mode scénario : c’est comme si la télévision venait de s’allumer dans ma tête. Je peux avoir des flashs très courts : un simple mot ou un concept sur lequel j’aurai ensuite à construire une intrigue. Mais j’ai aussi des flashs beaucoup plus longs, pendant lesquels une scène, voire une histoire complète défile dans ma tête. Parfois aussi, je rencontre seulement un personnage, qui m’apparaît plus ou moins détaillé.

Une fois le flash terminé, je reviens à la réalité. Je sais que j’ai phasé, que je viens de louper les dernières secondes de l’activité que j’étais en train de faire et dont j’ai décroché quelques instants. Mais à ce moment, seules deux questions m’obsèdent : est-ce que cette idée me plaît ? Est-ce que je pourrais en faire un roman ?

Si la réponse est oui aux deux questions, il m’est alors impératif de noter immédiatement l’idée pour ne pas l’oublier. J’ai ainsi une longue liste de concepts plus ou moins détaillés, consignée dans un carnet.

Parfois, des flashs ou des rêveries conscientes ont lieu sur des idées déjà eues, venant les développer, dessiner une scène entière, préciser un personnage ou un lieu… Je ne manque pas de les noter, en prévision de l’étape suivante.

Les fiches

Au moment où je décide de me lancer dans la rédaction du roman, après avoir sélectionné l’intrigue que je vais travailler parmi les flashs que j’ai répertoriés, je ne me jette jamais sur l’incipit. Avant même de choisir le cahier dans lequel je vais écrire le premier jet, je commence par une étape essentielle pour moi : les fiches.

Je peux improviser un écrit sur quelques lignes, voire quelques pages, mais pour construire un roman, j’aurai absolument besoin d’un ensemble de fiches, ne serait-ce que pour pouvoir m’y référer par la suite sans avoir à fouiller dans le brouillon du livre.

Leur longueur et leur quantité peuvent varier beaucoup : pour Les Portes du chaos, mes fiches se limitent à sept pages d’un petit cahier ; pour Angélique Hacker, j’ai une douzaine de pages et une trentaine de feuilles de dessins et de notes ; pour mon roman en cours, je dispose d’une pochette d’une soixantaine de feuilles.

Leur contenu a aussi varié en fonction de mes romans : Angélique Hacker reposait beaucoup sur des dessins, les livres suivants davantage sur du texte. Mes fiches comportent généralement une carte du monde où se déroule l’histoire, les caractéristiques des protagonistes et les différentes créatures rencontrées par les personnages. J’y ajoute parfois des informations sur le système de magie ou l’organisation politique de la contrée. C’est aussi là que je détermine la plupart des noms.

Jusque-là, je ne suivais pas un schéma particulier de fiches. Je notais les informations qui me paraissaient importantes pour structurer mon histoire ou simplement celles qui me plaisaient. D’ailleurs, nombre d’éléments contenus dans les fiches n’ont pas été utilisés dans le roman.

Une fois cette étape terminée (ou du moins débroussaillée, puisque des fiches viennent se rajouter au cours de la rédaction !), peut alors commencer le long travail de l’écriture du roman lui-même…

À suivre !

Sarah T.

Les romans, rêves éveillés de l’écrivain·e

Chaque auteur·rice possède sa propre façon d’écrire, ses sujets de prédilection et un rapport particulier à ses œuvres. Au fur et à mesure que je crée les miennes, que je les écris et les fais vivre, je me rends compte du lien très fort que j’entretiens avec elles.

Pour moi, le roman est analogue à un rêve pour un·e auteur·rice : il révèle son moi profond. Sans que cela s’applique nécessairement à tou·te·s les auteur·rice·s, je pense que cela peut en concerner un grand nombre.

Bien que le processus ne soit pas toujours conscient au moment de l’élaboration de l’œuvre, j’ai constaté que cette dernière avait souvent tendance à s’imprégner de mes expériences et mes préoccupations. Je m’en rends compte par bribes, tout au long de la vie du roman, et je trouve toujours intéressant d’analyser ces liens pour en apprendre plus sur moi-même et mes biais d’écriture.

Les personnages, facettes de l’auteur·rice

Les personnages sont autant d’éléments de la personnalité de l’écrivain·e. Chacun (ou presque) peut représenter un trait de caractère de l’auteur·rice. C’est peut-être moins le cas pour des personnages très secondaires et fonctionnels, beaucoup plus en revanche pour les protagonistes : ces dernier·ère·s ont reçu une attention tout particulière de leur créateur·rice, qui les a minutieusement façonné·e·s en s’inspirant parfois (consciemment ou non) de la réalité… Et l’auteur·rice fait partie de sa propre réalité, donc de ses inspirations possibles.

Si les protagonistes sont la cible évidente des projections de l’écrivain·e, ce·tte dernier·ère peut se montrer (volontairement ou non) plus pudique et subtil·e, façonnant ses protagonistes par d’autres inspirations et finissant par glisser ses propres traits dans des personnages qui paraissent secondaires, anodins, presque des figurant·e·s, mais qui pour quelques lignes renvoient un écho soudain du vécu de l’écrivain·e.

Possédant eux-mêmes une personnalité propre et complexe, les personnages présentent néanmoins de traits majeurs que l’on retrouve chez l’auteur·rice. Ainsi, l’identité de ce·tte dernier·ère se voit morcelée et disséminée dans autant d’avatars, qui partagent des expériences communes avec l’écrivain·e.

Le scénario, les fantasmes de l’écrivain·e

Si les personnages peuvent évoquer l’écrivain·e par leurs traits de caractère, leur vécu peut également faire écho à celui de leur créateur·rice.

Dans l’intrigue, l’auteur·rice glisse tous ses fantasmes, conscients ou inconscients, influencés par sa vie ou par les œuvres qui l’ont marqué·e. Le scénario voit se réaliser les schémas ancrés dans l’esprit de l’écrivain·e. Il peut s’agir de désirs non réalisés, mais aussi de craintes à exorciser. Cela peut également concerner des schémas de pensée et des croyances limitantes intégrées, consciemment ou non, par l’auteur·rice. L’écrivain·e peut parfois reproduire à sa manière des tropes déjà vus et appréciés dans d’autres œuvres ou des archétypes connus et rassurants.

Le meilleur exemple reste l’own voice story, dans laquelle des éléments de l’intrigue ou du passé des personnages proviennent directement de l’expérience personnelle de l’auteur·rice, qui peut ainsi en parler avec beaucoup plus de justesse qu’un·e écrivain·e n’utilisant que ses connaissances indirectes (ou pire, ses croyances et stéréotypes) pour écrire. Dans ce cas, toutefois, l’inspiration est bien consciente, voire engagée. L’auteur·rice a souvent un message à faire passer par ce biais ou influence en tous cas volontairement son récit par sa propre expérience, lui donnant une solidité et une résonance sans pareilles.

Ce sont dans les récits qui ne semblent pas particulièrement liés à leur auteur·rice que l’influence peut se montrer très troublante. Que cela soit des bribes du propre passé de l’écrivain·e ou la répétition de stéréotypes bien souvent inconscients, l’auteur·rice laisse transparaître involontairement des éléments de sa psyché.

L’univers, le refuge des romancier·ère·s

L’univers des romans s’apparente au havre de l’écrivain·e. Cet environnement est le lieu où l’auteur·rice se sent plus à l’aise, rassuré·e et en confiance. Il comprend des éléments connus et maîtrisés, à l’image d’une chambre.

Même dans un univers fantasy totalement inventé, les créatures, peuples et autres éléments merveilleux de ce monde seront pour l’écrivain·e des amis familiers.

On peut douter de l’affirmation en ce qui concerne les dystopies ou encore l’horreur. Pourtant, comme une divinité démoniaque, l’écrivain·e règne sur le monde où se déroule son histoire. Paradis merveilleux ou arène de combat à mort, c’est l’auteur·rice qui en définit les contours et les règles. Ce monde lui appartient et devient son domaine, son terrain de jeux pour diriger des pièces de théâtre en forme de miroir de sa vie, de ses expériences et de ses croyances.

Cette vision du rapport entre l’écrivain·e et ses romans ne reflète bien sûr que mon avis. J’ai pu l’expérimenter très fort avec tous mes romans. Mais peut-être que vous, en tant qu’auteur·rice, avez-vous une relation complètement différente avec vos œuvres ? Dites-moi dans les commentaires !

À très vite !

Sarah T.