Galamir, le roi des Elfes et leurs racines

Le premier peuple du Mäasgard que rencontre Angèle est un emblème de la fantasy. Explorons un peu les inspirations elfiques qui ont influencé l’écriture de Galamir et ses semblables.

Les elfes de Tolkien : piliers de la fantasy

Quand on dit elfe, on pense immédiatement à J. R. R. Tolkien. L’auteur a en effet largement contribué à former l’image de l’elfe la plus utilisée et la plus connue de la fantasy. L’elfe d’Arda, grand, élancé, aux oreilles pointues, raffiné, cultivé, proche de la nature, incroyablement beau et talentueux dans le maniement de l’arc, constitue désormais l’archétype de l’elfe de fantasy, dans sa version classique dite lumineuse, déclinée en haut-elfe, elfe des bois, elfe sylvain… On le retrouve ainsi dans beaucoup d’œuvres de fantasy, comme Donjons & Dragons, Warhammer, Les Chroniques de la guerre de Lodoss, Les Légendaires… Même les œuvres parodiques partent de l’archétype de l’elfe tolkienien pour le caricaturer : ainsi, les elfes du Donjon de Naheulbeuk sont hautains et talentueux architectes pour les hauts-elfes, naïfs et amateurs de coiffage de poneys pour les elfes sylvains.

Avant Tolkien, les elfes existaient déjà, mais sous une autre forme. On les décrivait plutôt comme des êtres de petite taille, farceurs et possédant des pouvoirs magiques. Membres du « Petit Peuple », ces êtres merveilleux n’avaient pas encore pour attributs l’adresse à l’arc ou l’apparence svelte.

Dans la fantasy actuelle, un autre archétype, non tolkienien, occupe une place presque aussi importante que l’elfe lumineux : l’elfe noir, opposé ténébreux du premier, adepte des arts occultes. Inspiré des elfes de la mythologie nordique, on les retrouve fréquemment, en particulier dans les jeux de rôles.

The Elder Scrolls : varier l’archétype

Une autre œuvre que le légendaire tolkienien possède à mon sens un folklore elfique particulièrement développé, dans lequel les elfes ne sont pas simplement « des persos aux oreilles pointues à côté des humains », mais représentent bien un système complexe de différentes races possédant chacune son histoire, ses coutumes et ses caractéristiques. Je veux parler de The Elder Scrolls. Pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas, The Elder Scrolls est une série de jeux vidéo de type RPG (à l’heure actuelle, cinq RPG et un MMORPG, sans compter le jeu de cartes virtuel), se situant dans le monde de Tamriel. On y trouve de nombreuses races, dont pas moins de onze elfiques [1].

Je trouve intéressant de voir comment l’archétype tolkienien est ici découpé et remanié, chaque race de Mer (le nom des elfes dans The Elder Scrolls) adoptant une caractéristique de l’archétype et d’autres traits complètement différents. Ainsi, les Altmers (Hauts-Elfes) ont le côté guindé et hautain, ainsi que le talent architectural et la puissance magique de l’elfe tolkienien, mais contrairement à celui-ci, ce peuple méprise totalement les autres races de Tamriel et préfère largement la vie citadine à la vie dans les bois ; les Bosmers (Elfes des bois) possèdent le talent pour l’arc et la proximité avec la nature, mais ce dernier trait est poussé au point que ces elfes deviennent exclusivement carnivores afin de ne pas toucher aux plantes vénérées ; et ainsi de suite.

Les elfes de The Elder Scrolls intègrent aussi les autres archétypes et caractéristiques d’elfes non-tolkieniens. Ainsi, les Bosmers retrouvent une petite taille, plus proche des elfes pré-tolkieniens, et les Dunmers exploitent le type de l’elfe noir.

Déclinaisons elfiques

On trouve d’autres variations elfiques intéressantes dans de nombreuses œuvres. Citons notamment les Aén Seidhe de The Witcher. Si les elfes de Tolkien quittent pacifiquement la Terre du Milieu après l’avoir dominée longtemps, les Aén Seidhe se retrouvent en position de peuple opprimé par les humains gagnant en puissance.

Les Gelflings de Dark Crystal se rapprochent bien davantage de l’elfe pré-tolkienien : un membre du « Petit Peuple » à l’apparence de lutin, plus petit et plus espiègle. De même, les « elfes » d’Artemis Fowl désignent les différents représentants du Peuple, petits êtres magiques vivant sous terre. Dans Taram et le chaudron magique, les elfes se rapprochent encore davantage de ce que nous appelons plus souvent les fées.

World of Warcraft pour sa part semble avoir quelque peu laissé de côté les elfes lumineux (représentés par les elfes de sang) pour mettre davantage l’accent sur les déclinaisons d’elfe noir en elfes de la nuit et elfes du vide…

Les Elfes d’Angélique Hacker

Dans Angélique Hacker, les Elfes du Mäasgard ont été construits à partir de l’archétype tolkienien : un physique gracieux, de grandes aptitudes à l’arc et un goût certain pour l’architecture. J’ai en revanche abandonné le côté orgueilleux ou hautain qu’on prête souvent aux elfes lumineux. Les Elfes de Sandragon sont le tout premier contact d’Angèle avec le Mäasgard, après Gédéon. Je souhaitais donc en faire un peuple particulièrement bienveillant, accueillant et chaleureux, tout à fait merveilleux et rassurant. Galamir permet ainsi à Angèle d’entrer tout en douceur dans le Mäasgard, avant les péripéties plus périlleuses qui l’attendent dans la suite du récit.

J’ai aussi délaissé leur traditionnelle rivalité avec le peuple des Nains et Naines, préférant opposer ce dernier aux Géants et Géantes. Je n’ai pas non plus utilisé l’archétype de l’elfe noir pour cette histoire : la première raison est qu’à l’époque où j’ai commencé ce livre, je ne connaissait pas encore très bien ce type d’elfes ; la deuxième est que le nombre de peuples du Mäasgard me paraissait déjà bien élevé pour un seul roman (d’ailleurs, à l’origine, le peuple des Nains et Naines devait figurer dans l’histoire, non pas comme un peuple disparu, mais bien présent).

J’espère que cette petite escapade elfique dans la fantasy vous aura intéressé·e·s et donné envie de découvrir la forêt de Sandragon !

À très vite !

Sarah T.

[1] : Si on compte les quatre races Mers jouables (Altmer, Bosmer, Dunmer, Orsimer), ainsi que les races disparues (Aldmer, Ayléides, Chimers, Dwemer, Falmer, Maormer et Elfes gauchers).

Les livres numériques et les césures

Vous l’aurez peut-être remarqué si vous avez lu Angélique Hacker : il peut parfois arriver qu’une coupure de mot disgracieuse s’affiche sur votre écran… Avant de publier mon roman, j’ai bien sûr pris soin de corriger le livre de fond en comble (d’ailleurs, si vous trouvez des erreurs, vous pouvez me les signaler sur le formulaire de contact : je peux corriger le format ebook et le mettre à jour sur les sites de vente en moins de 72 heures). Malheureusement, une limite technologique est restée infranchissable pour moi : la gestion des césures par les lecteurs de livres numériques.

Vous l’avez peut-être déjà essayé, sur liseuse, téléphone, tablette ou ordinateur [1] : les lecteurs de livres numériques offrent cette formidable possibilité d’adapter le livre à vos yeux, en changeant le corps de police (la taille du texte) notamment. Revers de la médaille : une gestion des coupures de mots encore imparfaite, puisque la justification change avec la taille du texte et déplace donc les césures. En outre, la plupart des logiciels de lecture sont prévus à l’origine pour la langue anglaise, qui ne coupe pas les mots au même endroit que le français !

Le contrôle des césures…

Heureusement, on peut parfois forcer ou interdire certaines césures. Dans le cas d’un ebook, on va pouvoir modifier le document HTML pour entrer manuellement les caractères préférés des correcteurs et correctrices : le trait d’union conditionnel et le trait d’union insécable.

Le premier permet d’indiquer au logiciel à quel endroit couper un mot si ce dernier arrive en bout de ligne. En cas de césure sur ce mot, elle aura lieu à l’endroit du trait d’union conditionnel. Si le mot n’a pas besoin d’être coupé, le caractère restera invisible. Utile par exemple pour indiquer au lecteur d’ebook de faire la césure « Hac-ker » et non « Ha-cker » !

Le deuxième dit au contraire au logiciel de ne surtout pas couper à l’endroit du trait d’union. Le caractère affichera bien un trait d’union où que soit placé le mot, et ne sera jamais l’objet d’une césure. Le logiciel coupera le mot ailleurs ou ne le coupera pas. Particulièrement utile pour scinder avant le t euphonique dans « a-t-il » et non après (ou avant le à de « c’est-à-dire », et non après, comme le préconisent les règles de typographie française).

… et ses limites

Toutefois, deux limites se sont dressées au cours de la préparation d’Angélique Hacker pour publication.

La première est facilement contournable. Dans le cas d’Amazon, toutes les commandes HTML sont lues, et celles qui ne fonctionnent pas sont simplement ignorées. Mais chez Kobo, les commandes dysfonctionnelles empêchent la publication du livre ! Veillez donc à ne pas introduire de commande qui ne fonctionne pas (voir ci-dessous). Kobo refuse également les balises de caractères textuelles, vous devez donc impérativement les entrer au format code. Un exemple : le trait d’union conditionnel, indiqué en HTML par shy (balise textuelle entre & et ; [2]) ou #173 (balise code entre & et ;). Si shy fonctionne parfaitement sur Calibre comme sur Kindle, Kobo n’accepte que #173 !

La deuxième limite n’a pas encore trouvé de solution, du moins en HTML (peut-être me faudra-t-il modifier le CSS de l’ebook, mais je manque encore de connaissances à ce sujet…). En effet, pas moyen d’interdire une césure ailleurs que sur un trait d’union, ni de choisir le nombre de césures consécutives… C’est pourquoi, si vous trouvez dans Angélique Hacker des césures comme « de-manda-t-elle », ce n’est pas un oubli de ma part, mais bien un problème de gestion des coupures de mots du lecteur de livres numériques. Espérons que les prochaines versions logicielles corrigent ces limitations !

À très vite !

Sarah T.

[1] : En effet, nulle obligation de posséder une liseuse pour lire un livre numérique. Un compte et l’application Kindle ou Kobo suffisent !

[2] : Je suis contrainte de vous l’indiquer ainsi, puisque WordPress parle en HTML : si j’écris la balise entière, l’éditeur l’interprète et vous ne voyez rien…

Mes 5 livres de chevet en fantasy

Parmi mes lectures favorites, les romans de fantasy figurent évidemment en bonne place. En voici cinq parmi mes préférés !

Je précise que je ne juge ici que le livre, en aucun cas l’auteur·rice, le film ou tout autre produit dérivé.

  1. Harry Potter (J. K. Rowling [1])

Probablement l’un des premiers romans sans images, avec uniquement du texte, que j’ai lus.

Le film Harry Potter à l’école des sorciers de Chris Colombus est sorti en décembre 2001. J’avais 7 ans. À l’époque, je crois, je ne lisais pas encore beaucoup de gros livres sans images et le cinéma se limitait pour moi à Disney. Je ne connaissais rien des grandes sagas, de l’univers geek, des livres de fantasy et des films en prises de vues réelles. Quand je suis sortie du cinéma, je me suis dit qu’on pouvait faire des choses sacrément chouettes en films. Et qu’il fallait que je lise le livre. J’ai lu les quatre premiers tomes, et les ai relus et relus, en ajoutant chaque nouveau tome à ma relecture incessante.

  1. Le Livre des Étoiles (Erik L’Homme)

Après Harry Potter, j’étais prête pour lire plein d’autres livres du même style ! Je ne me souviens plus vraiment dans quelles circonstances la trilogie du Livre des Étoiles m’est tombée entre les mains, mais je me souviens l’avoir dévorée d’une traite. J’ai toujours été étonnée que ce livre ne rencontre pas un succès aussi (peut-être pas autant, mais quand même) retentissant que Harry Potter. Peut-être parce que cette trilogie est justement sortie en même temps que Harry Potter. Et parce qu’elle est française. Néanmoins, je l’ai trouvée vraiment bien construite, agréable et facile à lire tout en étant suffisamment riche et complexe.

  1. À la croisée des mondes (Philip Pullman)

Dans ma quête de livres de fantasy à dévorer dans mes années primaire-collège, je me suis parfois frottée à plus fort que moi. Oui, je l’avoue, la première fois que j’ai tenté de lire À la croisée des mondes (il me semble que c’était en fin de primaire), je n’ai pas réussi à aller au bout : j’ai dû m’arrêter au milieu du tome 2… parce que je ne comprenais plus rien. J’ai lu la trilogie entièrement quelques années plus tard et ai particulièrement savouré cette histoire profonde et passionnante.

  1. Le Donjon de Naheulbeuk (John Lang)

C’est aussi en 2001 (décidément, quelle année faste entre le premier film Harry Potter, le premier tome du Livre des Étoiles et Naheulbeuk !) qu’a commencé l’aventure audio du Donjon de Naheulbeuk. Je ne l’ai découverte que plus tard, lors de mes années collège. Et j’ai particulièrement accroché (c’est un euphémisme). Comme beaucoup de fans, attachée au format d’origine et sceptique quant à la capacité d’un·e auteurice de pouvoir exceller sur plusieurs formats, j’étais un peu triste que l’aventure se poursuive en roman plutôt qu’en épisodes audio suivis comme avant. Mais, fan quand même, j’ai lu les romans, et j’ai bien envie de dire que John Lang écrit « Crômement » bien !

  1. La rivière à l’envers (Jean-Claude Mourlevat)

J’ai probablement dû lire ce livre en primaire (il est paru en 2000), et j’en suis toujours restée impressionnée. J’ai toujours adoré la lecture bien sûr, et outre Harry Potter, j’ai dévoré les Orphelins Baudelaire (les livres, pas les enfants), les Roald Dahl, les Journal d’une princesse aussi [2]… Mais il m’est arrivé fréquemment de lire des livres qui ne m’ont pas passionnée ou que j’ai assez vite oubliés. Ce n’était clairement pas le cas de La rivière à l’envers. Ce livre a beau être classé comme un roman jeunesse, je trouve l’histoire incroyable, pas du tout simpliste, vraiment touchante, originale, imprévisible, riche et drôle. Non pas pour dire que les œuvres jeunesse sont creuses, simplistes et vides (loin de là !), simplement je n’hésite pas à classer La rivière à l’envers en fantasy pour tous les âges et à le relire régulièrement.

Et vous, quels sont vos livres de fantasy préférés ? =) Dites-moi dans les commentaires !

À très vite !

Sarah T.

[1] : Celles et ceux qui me connaissent savent l’importance qu’a eu pour moi Harry Potter, tant dans le développement de mon goût pour la lecture que dans mon écriture et dans d’autres aspects de ma vie. Je ne pouvais donc pas ne pas le mettre. Mais je dissipe immédiatement tout malentendu : je condamne les propos transphobes de Rowling.

[2] : Toutefois, j’avais une certaine tendance à relire en boucle les livres que j’avais aimés, ce qui fait que je n’ai pas lu un certain nombre de classiques. Mais je compte bien remédier à cela.

Livres inclusifs (partie 1) : écriture inclusive

Vous l’aurez remarqué ou non, parmi les aspects que j’essaye de travailler dans mon métier d’écriture se trouve l’inclusion. J’en suis encore aux balbutiements, mais c’est un sujet qui me tient vraiment à cœur. Je sais que beaucoup d’entre vous sont déjà sensibilisé·e·s aux luttes contre les oppressions, mais d’autres aimeraient peut-être que j’explique certaines particularités d’écriture (dans mes romans ou mon blog) qui ne leur sont pas encore familières. Ce billet est pour celles et ceux qui trouvent étrange que j’écrive « Centaures et Centauresses » dans mon roman ou « auteurice » sur mon site.

L’inclusion dans mon blog

Parlons d’abord de ce site. Je tiens à employer une expression aussi inclusive que possible : ce blog s’adresse à tous et toutes. J’ai conscience que parmi les internautes, la totalité n’est pas forcément sensibilisée à la notion d’inclusion par l’écriture. C’est pourquoi je privilégie volontairement la version la plus néophyte de l’écriture inclusive sur ce site pour l’instant, cela afin d’être bien comprise par tout le monde.

D’un côté, je comprends que certaines personnes puissent avoir besoin que j’explicite certaines formes ou certains mots, comme « auteurice » ou « écrivain·e ». Je varie entre les formes les plus simples (« auteurs et autrices » par exemple) et les formes plus avancées (« auteurice » par exemple), mais plutôt que de mettre un encart explicatif à chaque fois, j’essaierai de renvoyer vers ce billet qui explicite succinctement les formes employées.

D’un autre côté, il est hors de question de revenir à un langage sexiste. Si vous trouvez sur mon site une phrase qui ne semble pas écrite de manière inclusive, c’est une erreur de ma part. Vous pouvez me la signaler (avec bienveillance, comme toujours) pour que je puisse la rectifier.

Pour les personnes qui ne sont pas encore familières avec l’expression inclusive, voici une petite explication des formes employées sur ce site :

  • « auteur et autrice » : on appelle cela un doublet complet. C’est une simple énumération des formes du masculin et du féminin quand le terme désigne indifféremment des personnes.
  • « auteur·rice » : on utilise le point médian pour compacter le doublet complet en un seul mot qui énumère à lui seul les formes.
  • « auteurice » : on compacte la forme inclusive avec point médian en soudant les terminaisons, afin de créer un mot qui désigne les personnes indépendamment de leur sexe ou leur genre.

Si vous souhaitez une première introduction à l’expression inclusive, je vous conseille de commencer par le guide du Haut Conseil à l’Égalité. Si vous souhaitez en apprendre plus, n’hésitez pas à me demander les autres ressources que j’utilise !

L’inclusion dans Angélique Hacker

Pour Angélique Hacker, la question s’est posée alors que j’en étais à la phase de correction et que je venais d’entamer mon apprentissage de l’expression inclusive : comment écrire le roman en inclusif [1] ? J’ai choisi pour celui-ci la forme la plus « simple » : des doublets complets, des accords de proximité et de majorité, des termes épicènes.

C’est pourquoi on y parle de « Centaures et Centauresses », on dit bien que « les travailleurs et travailleuses s’étaient tues », que Gédéon, Angèle et Lyru se réveillent « parfaitement reposés », etc.

Pour les personnes qui ne seraient pas familières de cette grammaire, voici quelques explications :

  • Doublet complet : quand on désigne plusieurs genres, on énumère les différentes formes du mot, par ordre alphabétique. On parle ainsi de « Centaures et Centauresses », de « travailleurs et travailleuses »…
  • Termes épicènes : certains mots ont une forme identique à tous les genres. Par exemple, « Elfe » ou encore « adelphe » (qui désigne indifféremment un frère ou une sœur).
  • Accord de proximité : on accorde avec le mot le plus proche. C’est pourquoi « Angèle et Lyru sont montés » et « Lyru et Angèle sont sorties ».
  • Accord de majorité : on accorde avec la catégorie la plus nombreuse. C’est pourquoi « Angèle, Gédéon et Lyru sont réveillés » et « Angèle, Lyru, Irma et Mélusine sont contentes ».

Que cela soit sur ce site ou dans mes romans, une autre manière d’écrire « habilement » inclusif est d’utiliser aussi des tournures génériques, englobantes ou épicènes, qui évitent d’avoir à préciser le genre : parler des « personnes qui » plutôt que de « ceux qui », des internautes plutôt que des visiteurs, etc.

Merci d’avoir lu ce premier billet sur l’inclusion dans l’écriture ! Ce ne sera pas le dernier (d’où « partie 1 ») : j’écrirai d’autres billets sur l’inclusion et la façon dont j’essaye de l’appliquer en tant qu’autrice.

À très vite !

Sarah T.

[1] : Sur le plan de la langue uniquement, pour l’instant. Les personnages d’Angélique Hacker sont encore loin d’être totalement inclusifs, mais j’y travaille.

Les histoires ont-elles toujours une morale ?

Les critiques et appréciations de son livre par les lecteurs et lectrices est, pour un·e auteurice, un élément important de son métier d’écrivain·e. Les commentaires sur ses livres lui permettent de savoir comment ils ont été perçus et de quelle façon améliorer les suivants. Pour ma part, les avis et questions que je reçois suscitent également chez moi des interrogations profondes sur les livres et la littérature. Celles et ceux qui ont lu Angélique Hacker m’ont parfois demandé quel était le message d’Angèle. Avant de répondre à cette question, il me faut d’abord explorer la problématique suivante : les romans ont-ils forcément un message ?

Quand la surinterprétation noie la fiction

Ma première réponse spontanée à cette question est : non, il n’y a pas forcément un message ou une morale dans un roman. En tant qu’écrivaine, je peux le dire : toustes les auteurices ne se torturent pas l’esprit pour construire leurs œuvres comme des métaphores, en fonction d’un message à communiquer (qui passerait avant l’intrigue, les personnages, l’univers…), en faisant exprès de glisser çà et là des éléments qui appuieront l’interprétation future que pourront en faire les cours de français au lycée. Pour ma part (et je ne pense pas être la seule à écrire comme cela), les idées qui me viennent en premier dans l’histoire sont l’intrigue et les personnages, parfois une scène, parfois l’univers. À partir de ces éléments plus ou moins détaillés lorsqu’ils me viennent, j’élabore le reste, je construis autour les péripéties, les personnages secondaires, les créatures, etc. Parfois, je fais un plan… parfois pas. Parfois, je fais des fiches détaillées… parfois pas. Plus tard, bien plus tard, je me pose seulement la question de l’image que va renvoyer mon histoire, des impressions qu’elle pourra éventuellement laisser en fonction des personnages, de leurs actions, de leurs paroles. Mais du début à la fin, je me laisse toujours guider par les émotions que je ressens, l’impression générale que me donne mon livre et le plaisir que j’ai à écrire telle ou telle scène.

S’il me fallait écrire une histoire, non pas pour le plaisir d’inventer des péripéties à des personnages dans un monde merveilleux (qui est, avouons-le, la première raison pour laquelle j’écris, et je pense qu’elle est aussi celle d’autres auteurices…), mais d’abord et avant tout pour faire passer un message particulier… je crois déjà que je n’utiliserais pas le format du roman, mais que j’écrirais plutôt directement un essai. Cela afin de m’assurer d’être explicite et bien comprise ! Mais supposons que je choisisse le format du roman. Dans ce cas, je pense qu’il serait très particulier, que cela se verrait au premier coup d’œil qu’il s’agit moins d’une fiction que d’un manifeste ; on ressentirait, d’une manière ou d’une autre, que le message passe avant les personnages et le scénario. J’ai encore du mal à imaginer et à formuler à quoi ressemblerait ce roman (puisque ce n’est pas ma manière d’écrire), mais je sens bien qu’il ne ressemblerait pas tout à fait aux romans classiques. Un peu à la façon des jeux qui cherchent à informer et sensibiliser le public à une problématique : ce sont des jeux, certes, mais le côté documentaire et informatif passe avant l’aspect ludique qui n’est qu’un véhicule. On obtient un jeu qui, tout en pouvant être tout à fait ludique et plaisant, n’a pas grand-chose à voir avec un Mario, un Assassin’s Creed ou un Pokémon. De la même manière, si Demain est un film documentaire, peut-on le mettre sur le même plan qu’un film comme Titanic ? Et pourtant, ce sont bien deux longs métrages… Mais le second privilégie le côté artistique propre au film tandis que le premier se concentre sur son message qu’il a choisi de faire passer par le format du film.

Sortons maintenant de mon unique cas. Il est déjà arrivé que des critiques voient un message dans une œuvre… message démenti par l’auteur ou l’autrice. Prenons l’exemple du Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien. Beaucoup de lecteurs et lectrices y ont vu une métaphore de la Deuxième Guerre mondiale. Tolkien lui-même a nié cette affirmation [1]. Quiconque s’est renseigné sur l’auteur sait d’ailleurs bien que la motivation première de Tolkien dans l’écriture de son œuvre n’était ni la transmission d’un message ou d’une morale, ni même l’envie de révolutionner la fantasy ou de créer un livre à succès… mais d’inventer une langue (ou plusieurs) et l’univers qui va avec (voire une mythologie complète).

Il en va, à mon avis, de même pour de nombreuses œuvres à succès. Les auteurs et autrices célèbres de nos bibliothèques ont-iels vraiment cherché à faire passer un quelconque message, plutôt que de simplement vouloir inventer une histoire « cool », avec des personnages sympathiques, des dialogues amusants et des péripéties enthousiasmantes ? J’en doute. D’abord par mon expérience propre. Mais aussi ensuite par la diversité des interprétations. Nombreux sont les exemples de batailles entre fans au sujet du sens d’un passage de roman, de film, de série… Si la critique est subjective, l’interprétation et l’analyse le sont tout autant, aussi rigoureuses soient-elles.

Le roman est imprégné du psychisme de son auteurice

Toutefois, il serait de mauvaise foi de ma part d’affirmer qu’aucun auteur ou autrice n’a jamais inséré un quelconque message dans aucune de ses œuvres. Tout d’abord parce qu’existent effectivement des romans de fiction qui cherchent explicitement à faire passer un message. Bien que je sois convaincue que la majorité des romans n’ont pas ce but, je reconnais que certains présentent effectivement cet objectif. Cependant, vous citer un exemple m’est difficile. Je reconnais qu’un·e écrivain·e puisse avoir voulu d’abord faire passer un message, mais à moins que cela ne soit précisé sur la quatrième de couverture, je ne saurais dire d’un livre s’il porte une morale ou si l’auteurice a simplement trouvé son scénario attrayant.

Mais au-delà du cas des œuvres qui seraient construites avant tout pour délivrer un message, on ne peut nier que, même si l’écrivain·e n’a pas spécialement pensé à une morale particulière, ou n’en a pas fait le départ et le pilier de son roman, iel n’a pas pu empêcher ses convictions, ses croyances, ses valeurs, ses préjugés, ses désirs, son vécu… d’affecter son œuvre, même inconsciemment. Attention, je ne dis en aucun cas qu’il faut psychanalyser les romans et voir dans chaque élément un symbole de la vie de l’auteurice ! Je reconnais seulement que l’écrivain·e n’est jamais totalement libre des influences externes comme internes. Celles-ci ne colorent pas forcément tout le roman, mais certains éléments porteront forcément leur empreinte. À mon sens, seul·e l’auteurice (de bonne foi bien sûr) pourra interpréter ces éléments (et tout de même de façon subjective, car une autoanalyse, même si elle est souvent fiable, n’en est pas moins influencée et sujette à des erreurs) ; que vaut donc l’interprétation d’une tierce personne, qui n’a pas toutes les clés pour lier la vie de l’écrivain·e aux mots de son roman ? Je pense qu’elle peut apporter des éléments, mais reste à prendre avec des pincettes [2].

Ainsi, certains éléments d’un roman de fiction pourront n’être que des détails augmentant l’attractivité du roman : par exemple, un message ne se cache pas forcément derrière le fait d’inclure des dragons dans l’histoire, les dragons sont simplement reconnus comme un élément particulièrement apprécié (parce qu’ils ont la classe, pour le dire simplement) des histoires de fantasy. Mais d’autres éléments pourront être des traces de l’esprit de l’écrivain·e : par exemple, je pense juste (a posteriori, après réflexion, mais je le pense quand même) de dire que Gédéon représente, sous certains aspects [3], un mentor tel que j’aurais voulu en avoir.

Le message d’Angèle

Ainsi, je ne pense pas que les romans aient systématiquement pour but de porter un message, mais je reconnais qu’ils peuvent en délivrer un, même involontairement. C’est pourquoi deux choses me paraissent importantes. Du côté des lecteurs et lectrices, de ne pas surinterpréter une œuvre : par surinterpréter, j’entends plaquer des significations sans demander l’avis de l’écrivain·e et en n’acceptant pas que d’autres interprétations soient possibles ; car on prend ici le risque de prêter à l’auteurice des actions et des pensées qui ne sont pas les siennes. Bien entendu, dénoncer des éléments du récit comme étant oppressifs ne rentre pas dans le champ de la surinterprétation (je ne développerai pas ici pourquoi, mais cela pourra faire l’objet d’un autre billet). Du côté des écrivain·e·s, de prendre garde aux messages que leurs romans peuvent envoyer. Je ne parle pas de se censurer mais de faire attention à la perception que pourront avoir les lecteurs et lectrices de l’œuvre et aux sentiments que celle-ci pourra leur provoquer. On écrit pour soi, certes, mais aussi pour être lu·e, donc pour les autres. Après tout, si nous sommes capables de prendre garde à l’effet que produira un livre pour des questions commerciales, nous pouvons bien le faire aussi pour d’autres questions !

En ce qui concerne Angélique Hacker, je n’ai pas voulu faire passer de message particulier dans ce roman. Il a été écrit d’abord comme un divertissement artistique : j’aime les récits de fantasy, je voulais écrire le mien. Les éléments que j’y ai mis y sont parce qu’ils me paraissaient attrayants, divertissants voire cinématographiques pour certains. Mais ils ne servaient pas à faire passer une morale. J’ai bien conscience néanmoins que de nombreux morceaux de mon histoire sont fortement imprégnés de mon vécu au moment de leur écriture. S’il fallait vraiment voir un message, une conviction personnelle dans les aventures d’Angèle, peut-être que cela serait « Si ton monde est pourri, change-le… ou changes-en », mais sans aller spécialement plus loin que « Je n’aime pas trop ma vie et mon environnement actuels, j’irais bien vers une contrée merveilleuse pour m’y faire une place ». Cette envie plutôt personnelle, mais qui peut néanmoins résonner chez d’autres personnes (après tout, pourquoi ouvrons-nous des romans de fiction, si ce n’est pour nous échapper ?), n’a pas de lien avec une quelconque actualité mondiale par exemple. Tout ce qui m’importe, c’est que mes romans n’envoient pas de message oppressif, et que les lecteurs et lectrices aient autant de plaisir à lire que j’en ai eu à écrire !

Si chacun peut voir un message différent dans une même œuvre, la perception que nous avons d’un roman n’est pas forcément fausse : elle est, elle aussi, imprégnée de notre propre vécu et de nos convictions. Les messages des œuvres peuvent être évidents ou seulement ceux qu’on veut y voir, cela ne les rend pas moins réels. L’interprétation et l’analyse d’une fiction sont des activités passionnantes, même si le but premier d’une œuvre reste pour moi le divertissement et le plaisir artistique des sens.

Et vous, avez-vous lu un message dans Angélique Hacker ?

À très vite !

Sarah T.

[1] : Avant-propos de la deuxième édition du Seigneur des Anneaux : « An author cannot of course remain wholly unaffected by his experience, but the ways in which a story-germ uses the soil of experience are extremely complex, and attemps to define the process are at best guesses from evidence that is inadequate and ambiguous. It is also false, though naturally attractive, when the lives of an author and critic have overlapped, to suppose that the movements of thought or the events of times common to both were necessarily the most powerful influences. One has indeed personally to come under the shadow of war to feel fully its oppression; but as the years go by it seems now often forgotten that to be caught in youth by 1914 was no less hideous an experience than to be involved in 1939 and the following years. By 1918 all but one of my close friends were dead. Or to take a less grievous matter: it has been supposed by some that “The Scouring of the Shire” reflects the situation in England at the time when I was finishing my tale. It does not. »

[2] : Attention, je ne dis pas là que la dénonciation d’un élément oppressif dans un roman par les personnes concernées, que l’auteurice ait eu ou non conscience de son caractère oppressif, n’a aucune valeur (au contraire) ! Je ne traite pas ici de ce cas-là, mais uniquement d’éléments non-oppressifs qui serviraient à prêter à l’auteurice une thèse affirmée et consciente ou un éclairage sur un élément de sa vie.

[3] : Pas tous, car il me semble que, comme dans les rêves, un même personnage peut porter différents aspects, parfois même contradictoires, du psychisme d’une personne.