Les histoires ont-elles toujours une morale ?

Les critiques et appréciations de son livre par les lecteurs et lectrices est, pour un·e auteurice, un élément important de son métier d’écrivain·e. Les commentaires sur ses livres lui permettent de savoir comment ils ont été perçus et de quelle façon améliorer les suivants. Pour ma part, les avis et questions que je reçois suscitent également chez moi des interrogations profondes sur les livres et la littérature. Celles et ceux qui ont lu Angélique Hacker m’ont parfois demandé quel était le message d’Angèle. Avant de répondre à cette question, il me faut d’abord explorer la problématique suivante : les romans ont-ils forcément un message ?

Quand la surinterprétation noie la fiction

Ma première réponse spontanée à cette question est : non, il n’y a pas forcément un message ou une morale dans un roman. En tant qu’écrivaine, je peux le dire : toustes les auteurices ne se torturent pas l’esprit pour construire leurs œuvres comme des métaphores, en fonction d’un message à communiquer (qui passerait avant l’intrigue, les personnages, l’univers…), en faisant exprès de glisser çà et là des éléments qui appuieront l’interprétation future que pourront en faire les cours de français au lycée. Pour ma part (et je ne pense pas être la seule à écrire comme cela), les idées qui me viennent en premier dans l’histoire sont l’intrigue et les personnages, parfois une scène, parfois l’univers. À partir de ces éléments plus ou moins détaillés lorsqu’ils me viennent, j’élabore le reste, je construis autour les péripéties, les personnages secondaires, les créatures, etc. Parfois, je fais un plan… parfois pas. Parfois, je fais des fiches détaillées… parfois pas. Plus tard, bien plus tard, je me pose seulement la question de l’image que va renvoyer mon histoire, des impressions qu’elle pourra éventuellement laisser en fonction des personnages, de leurs actions, de leurs paroles. Mais du début à la fin, je me laisse toujours guider par les émotions que je ressens, l’impression générale que me donne mon livre et le plaisir que j’ai à écrire telle ou telle scène.

S’il me fallait écrire une histoire, non pas pour le plaisir d’inventer des péripéties à des personnages dans un monde merveilleux (qui est, avouons-le, la première raison pour laquelle j’écris, et je pense qu’elle est aussi celle d’autres auteurices…), mais d’abord et avant tout pour faire passer un message particulier… je crois déjà que je n’utiliserais pas le format du roman, mais que j’écrirais plutôt directement un essai. Cela afin de m’assurer d’être explicite et bien comprise ! Mais supposons que je choisisse le format du roman. Dans ce cas, je pense qu’il serait très particulier, que cela se verrait au premier coup d’œil qu’il s’agit moins d’une fiction que d’un manifeste ; on ressentirait, d’une manière ou d’une autre, que le message passe avant les personnages et le scénario. J’ai encore du mal à imaginer et à formuler à quoi ressemblerait ce roman (puisque ce n’est pas ma manière d’écrire), mais je sens bien qu’il ne ressemblerait pas tout à fait aux romans classiques. Un peu à la façon des jeux qui cherchent à informer et sensibiliser le public à une problématique : ce sont des jeux, certes, mais le côté documentaire et informatif passe avant l’aspect ludique qui n’est qu’un véhicule. On obtient un jeu qui, tout en pouvant être tout à fait ludique et plaisant, n’a pas grand-chose à voir avec un Mario, un Assassin’s Creed ou un Pokémon. De la même manière, si Demain est un film documentaire, peut-on le mettre sur le même plan qu’un film comme Titanic ? Et pourtant, ce sont bien deux longs métrages… Mais le second privilégie le côté artistique propre au film tandis que le premier se concentre sur son message qu’il a choisi de faire passer par le format du film.

Sortons maintenant de mon unique cas. Il est déjà arrivé que des critiques voient un message dans une œuvre… message démenti par l’auteur ou l’autrice. Prenons l’exemple du Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien. Beaucoup de lecteurs et lectrices y ont vu une métaphore de la Deuxième Guerre mondiale. Tolkien lui-même a nié cette affirmation [1]. Quiconque s’est renseigné sur l’auteur sait d’ailleurs bien que la motivation première de Tolkien dans l’écriture de son œuvre n’était ni la transmission d’un message ou d’une morale, ni même l’envie de révolutionner la fantasy ou de créer un livre à succès… mais d’inventer une langue (ou plusieurs) et l’univers qui va avec (voire une mythologie complète).

Il en va, à mon avis, de même pour de nombreuses œuvres à succès. Les auteurs et autrices célèbres de nos bibliothèques ont-iels vraiment cherché à faire passer un quelconque message, plutôt que de simplement vouloir inventer une histoire « cool », avec des personnages sympathiques, des dialogues amusants et des péripéties enthousiasmantes ? J’en doute. D’abord par mon expérience propre. Mais aussi ensuite par la diversité des interprétations. Nombreux sont les exemples de batailles entre fans au sujet du sens d’un passage de roman, de film, de série… Si la critique est subjective, l’interprétation et l’analyse le sont tout autant, aussi rigoureuses soient-elles.

Le roman est imprégné du psychisme de son auteurice

Toutefois, il serait de mauvaise foi de ma part d’affirmer qu’aucun auteur ou autrice n’a jamais inséré un quelconque message dans aucune de ses œuvres. Tout d’abord parce qu’existent effectivement des romans de fiction qui cherchent explicitement à faire passer un message. Bien que je sois convaincue que la majorité des romans n’ont pas ce but, je reconnais que certains présentent effectivement cet objectif. Cependant, vous citer un exemple m’est difficile. Je reconnais qu’un·e écrivain·e puisse avoir voulu d’abord faire passer un message, mais à moins que cela ne soit précisé sur la quatrième de couverture, je ne saurais dire d’un livre s’il porte une morale ou si l’auteurice a simplement trouvé son scénario attrayant.

Mais au-delà du cas des œuvres qui seraient construites avant tout pour délivrer un message, on ne peut nier que, même si l’écrivain·e n’a pas spécialement pensé à une morale particulière, ou n’en a pas fait le départ et le pilier de son roman, iel n’a pas pu empêcher ses convictions, ses croyances, ses valeurs, ses préjugés, ses désirs, son vécu… d’affecter son œuvre, même inconsciemment. Attention, je ne dis en aucun cas qu’il faut psychanalyser les romans et voir dans chaque élément un symbole de la vie de l’auteurice ! Je reconnais seulement que l’écrivain·e n’est jamais totalement libre des influences externes comme internes. Celles-ci ne colorent pas forcément tout le roman, mais certains éléments porteront forcément leur empreinte. À mon sens, seul·e l’auteurice (de bonne foi bien sûr) pourra interpréter ces éléments (et tout de même de façon subjective, car une autoanalyse, même si elle est souvent fiable, n’en est pas moins influencée et sujette à des erreurs) ; que vaut donc l’interprétation d’une tierce personne, qui n’a pas toutes les clés pour lier la vie de l’écrivain·e aux mots de son roman ? Je pense qu’elle peut apporter des éléments, mais reste à prendre avec des pincettes [2].

Ainsi, certains éléments d’un roman de fiction pourront n’être que des détails augmentant l’attractivité du roman : par exemple, un message ne se cache pas forcément derrière le fait d’inclure des dragons dans l’histoire, les dragons sont simplement reconnus comme un élément particulièrement apprécié (parce qu’ils ont la classe, pour le dire simplement) des histoires de fantasy. Mais d’autres éléments pourront être des traces de l’esprit de l’écrivain·e : par exemple, je pense juste (a posteriori, après réflexion, mais je le pense quand même) de dire que Gédéon représente, sous certains aspects [3], un mentor tel que j’aurais voulu en avoir.

Le message d’Angèle

Ainsi, je ne pense pas que les romans aient systématiquement pour but de porter un message, mais je reconnais qu’ils peuvent en délivrer un, même involontairement. C’est pourquoi deux choses me paraissent importantes. Du côté des lecteurs et lectrices, de ne pas surinterpréter une œuvre : par surinterpréter, j’entends plaquer des significations sans demander l’avis de l’écrivain·e et en n’acceptant pas que d’autres interprétations soient possibles ; car on prend ici le risque de prêter à l’auteurice des actions et des pensées qui ne sont pas les siennes. Bien entendu, dénoncer des éléments du récit comme étant oppressifs ne rentre pas dans le champ de la surinterprétation (je ne développerai pas ici pourquoi, mais cela pourra faire l’objet d’un autre billet). Du côté des écrivain·e·s, de prendre garde aux messages que leurs romans peuvent envoyer. Je ne parle pas de se censurer mais de faire attention à la perception que pourront avoir les lecteurs et lectrices de l’œuvre et aux sentiments que celle-ci pourra leur provoquer. On écrit pour soi, certes, mais aussi pour être lu·e, donc pour les autres. Après tout, si nous sommes capables de prendre garde à l’effet que produira un livre pour des questions commerciales, nous pouvons bien le faire aussi pour d’autres questions !

En ce qui concerne Angélique Hacker, je n’ai pas voulu faire passer de message particulier dans ce roman. Il a été écrit d’abord comme un divertissement artistique : j’aime les récits de fantasy, je voulais écrire le mien. Les éléments que j’y ai mis y sont parce qu’ils me paraissaient attrayants, divertissants voire cinématographiques pour certains. Mais ils ne servaient pas à faire passer une morale. J’ai bien conscience néanmoins que de nombreux morceaux de mon histoire sont fortement imprégnés de mon vécu au moment de leur écriture. S’il fallait vraiment voir un message, une conviction personnelle dans les aventures d’Angèle, peut-être que cela serait « Si ton monde est pourri, change-le… ou changes-en », mais sans aller spécialement plus loin que « Je n’aime pas trop ma vie et mon environnement actuels, j’irais bien vers une contrée merveilleuse pour m’y faire une place ». Cette envie plutôt personnelle, mais qui peut néanmoins résonner chez d’autres personnes (après tout, pourquoi ouvrons-nous des romans de fiction, si ce n’est pour nous échapper ?), n’a pas de lien avec une quelconque actualité mondiale par exemple. Tout ce qui m’importe, c’est que mes romans n’envoient pas de message oppressif, et que les lecteurs et lectrices aient autant de plaisir à lire que j’en ai eu à écrire !

Si chacun peut voir un message différent dans une même œuvre, la perception que nous avons d’un roman n’est pas forcément fausse : elle est, elle aussi, imprégnée de notre propre vécu et de nos convictions. Les messages des œuvres peuvent être évidents ou seulement ceux qu’on veut y voir, cela ne les rend pas moins réels. L’interprétation et l’analyse d’une fiction sont des activités passionnantes, même si le but premier d’une œuvre reste pour moi le divertissement et le plaisir artistique des sens.

Et vous, avez-vous lu un message dans Angélique Hacker ?

À très vite !

Sarah T.

[1] : Avant-propos de la deuxième édition du Seigneur des Anneaux : « An author cannot of course remain wholly unaffected by his experience, but the ways in which a story-germ uses the soil of experience are extremely complex, and attemps to define the process are at best guesses from evidence that is inadequate and ambiguous. It is also false, though naturally attractive, when the lives of an author and critic have overlapped, to suppose that the movements of thought or the events of times common to both were necessarily the most powerful influences. One has indeed personally to come under the shadow of war to feel fully its oppression; but as the years go by it seems now often forgotten that to be caught in youth by 1914 was no less hideous an experience than to be involved in 1939 and the following years. By 1918 all but one of my close friends were dead. Or to take a less grievous matter: it has been supposed by some that “The Scouring of the Shire” reflects the situation in England at the time when I was finishing my tale. It does not. »

[2] : Attention, je ne dis pas là que la dénonciation d’un élément oppressif dans un roman par les personnes concernées, que l’auteurice ait eu ou non conscience de son caractère oppressif, n’a aucune valeur (au contraire) ! Je ne traite pas ici de ce cas-là, mais uniquement d’éléments non-oppressifs qui serviraient à prêter à l’auteurice une thèse affirmée et consciente ou un éclairage sur un élément de sa vie.

[3] : Pas tous, car il me semble que, comme dans les rêves, un même personnage peut porter différents aspects, parfois même contradictoires, du psychisme d’une personne.

Le retour à la réalité : la fin du rêve ?

Attention, divulgâchis [1] ! Ce billet dévoile des éléments de l’intrigue d’Angélique Hacker et notamment de la fin ! Si vous voulez lire le roman d’abord, c’est par ici 😉 Par ailleurs, il dévoile aussi la fin d’un certain nombre d’œuvres populaires.

De nombreux romans de fantasy ou de fantastique comme Angélique Hacker commencent par le départ du héros ou de l’héroïne de son monde natal. Bon gré mal gré, la ou le protagoniste se retrouve le plus souvent projeté·e dans une contrée imaginaire, merveilleuse ou terrifiante, mais toujours remplie de magie et d’épreuves. Une question se pose alors : le héros ou l’héroïne reviendra-t-iel dans son monde d’origine ?

Campbell, le monomythe et le voyage du héros

Certain·e·s féru·e·s de littérature parmi vous connaissent probablement le monomythe de Joseph Campbell. En 1949, ce mythologue (entre autres casquettes) publie Le héros aux mille et un visages (The Hero with a Thousand Faces en version originale), un essai de mythologie comparée. Dans cet ouvrage et les suivants, Joseph Campbell y développe la thèse du monomythe : tous les mythes sont construits sur le même schéma narratif. Ce schéma, le voyage du héros (The Hero’s Journey), a été par la suite abondamment utilisé dans la fiction, en littérature comme au cinéma.

Si on résume très succinctement le monomythe, on constate que le héros ou l’héroïne passe nécessairement par trois phases : le départ de son monde d’origine, les péripéties et le retour dans son monde d’origine.

Si l’on tente d’appliquer le monomythe à diverses œuvres, on peut trouver cette dernière étape du retour de façon plus ou moins évidente. Le meilleur exemple selon moi se trouve dans Narnia : à la fin de chaque aventure, les enfants quittent toujours Narnia pour retourner sur Terre, parfois à regret selon les personnages. Dans Le Seigneur des Anneaux comme dans Le Hobbit, les Hobbits héros sont contraints de quitter le Comté (ou la Comté pour les adeptes de la première traduction) et y retournent à la fin du récit, après avoir affronté maints dangers et accompli leur quête (oui, Frodo retourne bien au Comté, avant de partir pour les Havres Gris). Dans Harry Potter, certes, une fois entré dans le monde magique, Harry ne perd pas ses pouvoirs ! Toutefois, à la fin de chaque roman (à l’exception du septième qui brise le cycle), Harry quitte le monde magique pour retourner chez les Moldus. Dans Star Wars (à propos duquel on a beaucoup insisté sur son inspiration par le monomythe), le retour de Luke est un peu plus métaphorique, puisqu’il ne retourne pas sur Tatooine : la plupart des critiques voient dans le départ de l’Étoile de la mort l’étape du retour. Dans Hunger Games, à la fin (si vous ne l’avez ni vu ni lu, faites-le, je vais divulgâcher), Katniss retourne vivre dans le district Douze. Le Livre des Étoiles, À la croisée des mondes, Le Royaume des chats, Mary et la fleur de la sorcière… Nombreuxeuses sont les héros et héroïnes d’œuvres anciennes ou récentes à quitter leur monde ordinaire pour vivre des péripéties merveilleuses avant de retourner dans leur contrée d’origine.

Dépasser les schémas

Bien que le monomythe de Joseph Campbell soit particulièrement intéressant et utile, il ne constitue pas la bible de l’écriture narrative. De nombreuses critiques du monomythe et de ses failles existent, que je ne développerai pas ici ; mais on peut déjà remarquer que certaines œuvres échappent au voyage du héros. Dans Avatar (le film de James Cameron), Jake ne retourne pas sur Terre, il ne quitte même pas les Na’vi. Dans Le Château ambulant (comme dans Le Château de Hurle, le roman à l’origine du film), rien n’est précisé, mais on peut se douter que Sophie ne retournera pas à la chapellerie… Dans des mangas comme Card Captor Sakura ou Death Note, on peut déjà difficilement voir un départ du monde d’origine, alors un retour… Dans le film The Circle, la fin reste particulièrement ouverte, mais on imagine mal Mae retourner travailler comme standardiste ! Dans Gladiator, Maximus peut difficilement retourner chez lui ou même sur les champs de bataille auprès de l’empereur à la fin du film…

Par ailleurs, le schéma du monomythe est discutable concernant certaines œuvres : à mon sens, dans Star Wars, Luke ne retourne pas dans son monde d’origine, bien au contraire, il s’en échappe avec brio, comme il l’avait souhaité ! Dans Game of Thrones, le seul personnage qui rentre effectivement chez lui à la fin est Sansa (peut-on alors dire que Sansa est la véritable protagoniste de Game of Thrones ?). Dans James et la grosse pêche, peut-on parler de retour dans le monde ordinaire ? Certes, le voyage en pêche prend fin (il faut bien conclure l’histoire !), mais James ne retourne pas vivre chez ses tantes, ne dit pas adieu à ses amis, et surtout, reste vivre… dans la pêche (dans le noyau plus exactement) !

On constate donc que le monomythe ne s’applique pas à toutes les œuvres de fiction (ni même de fantasy ou de fantastique), ou alors au prix d’interprétations parfois tirées par les cheveux…

Pourquoi Angèle ne retourne pas dans son monde d’origine ?

Le monomythe, comme de nombreux autres schémas narratifs, est ce qu’on appelle communément un trope (en anglais), autrement dit une convention narrative. C’est une règle de construction de récit, comme une recette de cuisine. Et comme toute recette, il ne s’agit pas d’une règle absolue, mais d’une aide pour assurer (sous condition d’une réalisation habile) un résultat qui fonctionne. Mais il est tout à fait possible de ne pas suivre la recette !

En ce qui me concerne, j’ai refusé de faire revenir Angèle sur Terre pour trois raisons majeures. Tout d’abord, le principal intérêt que je trouve personnellement dans les récits de fantasy est le monde merveilleux. Je lis de la fantasy justement pour échapper au monde ordinaire ! Un retour constitue donc pour moi une forme d’échec. Ensuite, ayant moi-même été frustrée par ce trope du retour dans le monde ordinaire (en particulier dans Narnia : j’ai eu affreusement mal pour les enfants Pevensie !), j’ai spontanément eu l’envie de casser le schéma pour ma propre histoire. Le monomythe étant une convention fort utilisée et de surcroît plutôt populaire, nous sommes habitué·e·s à attendre des héros et héroïnes qu’iels retournent dans leur monde d’origine à l’issue de leur périple. Mon roman étant déjà fortement imprégné de ses influences, je ne voyais pas l’intérêt de suivre à tout prix des schémas conventionnels plutôt que ma propre envie. Enfin, se pose la question du message laissé par le récit, fortement marqué par la fin puisque c’est ce sur quoi on termine. Dans la plupart des fictions suivant le monomythe, le message du voyage du héros est qu’il faut se changer soi-même et sa vision de son monde pour l’améliorer. Pour ma part, s’il fallait voir un message dans Angélique Hacker, ce ne serait certainement pas celui-là, mais plutôt « Si ton monde est pourri… change-le ! » (ou changes-en dans le cas d’Angèle, solution de facilité, certes, mais qui est celle que nous prenons lorsque nous ouvrons un roman de fantasy ou lançons un jeu vidéo…).

Ainsi donc, Angèle ne rentrera jamais sur Terre. Parce que la Terre n’est pas chez elle. Angèle est partie à la recherche d’un foyer, qu’elle a trouvé au sein du Mäasgard. Et ses péripéties pour s’y faire une place n’auront pas été des rêves, mais une réalité, bien plus merveilleuse à mon goût !

Sarah T.

[1] : Spoiler en anglais.

Les tournois dans la fiction

Ceci est le premier billet de la catégorie Inspirations et Influences. Dans cette rubrique, je voudrais vous faire découvrir les œuvres et univers qui m’ont passionnée et inspirée pour écrire mes romans.

Attention ! Divulgâchis [1] ! Ou seulement aguichage [2] ? 😉 Vous êtes prévenu·e·s ! Dans Angélique Hacker, on assiste à un tournoi de magie. Je ne vous en dis pas plus (pour ne pas gâcher le plaisir de lecture !), je peux seulement vous indiquer qu’il s’agit probablement du passage que j’ai préféré écrire ! 😉 Il se trouve en effet que j’aime beaucoup les scènes de tournoi dans la fiction, voire les œuvres dont le scénario entier est bâti sur un tournoi. C’est pourquoi je voudrais partager avec vous mes tournois de fiction préférés !

  • La Loi d’Ueki (うえきの法則, Ueki no Hōsoku), Tsubasa Fukuchi, 2002

On rentre tout de suite dans le vif du sujet avec une œuvre construite entièrement sur un tournoi ! La Loi d’Ueki est un manga de Tsubasa Fukuchi, dont la version française en seize volumes est éditée chez Pika. Il raconte l’histoire de Kōsuke Ueki, un collégien doté du pouvoir de changer les détritus en arbres. Ce pouvoir lui a été conféré par l’un des cent postulants au poste de dieu. Ces derniers doivent ainsi faire s’affronter des humains pour devenir la nouvelle divinité. Et c’est parti pour un tournoi sur seize tomes, entre des personnages possédant toute une variété de pouvoirs magiques !

J’aime beaucoup d’éléments dans La Loi d’Ueki. Les personnages sortent relativement bien des stéréotypes, tout en utilisant les codes du shōnen classique. Le tournoi mêle le nekketsu (le dépassement de soi, grâce notamment au pouvoir de l’amitié, pour résumer très succinctement le genre) et la tactique (comme dans la plupart des tournois, c’est l’un des intérêts principaux du genre d’ailleurs). On trouve des pouvoirs magiques, beaucoup d’amitié (nekketsu oblige) mais aussi des intrigues un peu plus psychologiques concernant les motivations des personnages.

Un manga vraiment énergisant, avec de la baston et pas ou très peu de fan service !

  • Angelic Layer, Clamp, 1999

Un classique du genre à mon sens. On sort du tournoi de pouvoirs magiques pour entrer dans l’univers de ce que j’appellerais le « tournoi de cartes et robots », représenté notamment par Yu-Gi-Oh!, Bakugan ou Beyblade. Là où Angelic Layer se démarque largement à mon sens, c’est que, pour commencer, le manga est écrit et dessiné par Clamp. Si vous ne connaissez pas Clamp, je vous conseille de lire leurs œuvres ! Les scénarios, les rebondissements, le développement des personnages et le dessin sont particulièrement soignés !

Ensuite, le personnage principal du manga est une fille, Misaki Suzuhara, avec un style tout à fait réaliste : elle ne représente pas un archétype « féminin » ou « masculin ». D’ailleurs, le manga comporte beaucoup de personnages féminins (plus que de personnages masculins si j’ai bien compté), sans que cela nécessite absolument une justification.

Enfin, l’aspect nekketsu n’est quasiment jamais traité de la façon classique des shōnen, à savoir un dépassement de soi qui provient essentiellement du pouvoir de l’amitié, de l’entraînement physique et de la volonté qui octroient des pouvoirs sortis de nulle part, parfois un peu « cheatés » pourrait-on dire… Au contraire, dans Angelic Layer, les victoires de Misaki proviennent essentiellement de son intelligence, de sa capacité d’observation et de compréhension, de son ingéniosité. Elle analyse ses adversaires et trouve la tactique gagnante par la réflexion. En ce sens, Angelic Layer se rapproche bien davantage du tournoi d’échecs que du manga de baston !

  • Hunger Games, Suzanne Collins, 2008

Je sais, Hunger Games n’est pas vraiment, à proprement parler, une fiction de tournoi ! Je sais que le sujet principal du roman est plutôt la dystopie (et un peu la romance…). Mais on retrouve fortement une forme de tournoi dans ce récit. Pas de magie, ni de robots ou de cartes à jouer et à collectionner, mais de la survie plutôt réaliste voire brutale, presque sans nekketsu, ou alors avec un nekketsu hors des codes.

Même si, dans ce cas précis, on peut trouver que c’est un plaisir un peu sadique, les parties parmi les plus jouissives de Hunger Games sont pour moi les phases dans les arènes. Évidemment, ce n’est pas voir s’entretuer des enfants que j’ai adoré : c’est bien le propos de la trilogie de dénoncer cela, et je salue au passage l’audace d’avoir fait passer le réalisme avant l’héroïsme classique, en montrant que les protagonistes ne sont pas invincibles.

Ce que j’ai aimé dans Hunger Games, c’est l’ingéniosité des personnages face aux situations, en particulier face aux énigmes et aux pièges de l’arène. On plonge dans la survie, non pas de lae plus fort·e, mais de lae plus astucieuxeuse. J’ai trouvé le mélange de genres assez prenant dans ce roman, et son adaptation cinématographique particulièrement réussie.

J’espère que ce petit top 3 de mes fictions de tournoi favorites vous aura donné envie d’en découvrir certaines ! N’hésitez pas à dire dans les commentaires si vous connaissez d’autres œuvres de tournoi et quelles sont vos préférées !

À très vite !

Sarah T.

[1] : Spoiler en anglais.

[2] : Teasing en anglais.

3 astuces de typographie pour des livres plus pros

Le fond, c’est bon : c’est votre domaine, vous savez ce que vous voulez écrire, vous avez bossé votre sujet. La forme : euh… vous ne savez pas pourquoi, mais il y a un petit hic dans votre livre. Quelque chose qui ne le fait pas ressembler à un livre « professionnel » mais vous n’arrivez pas à mettre le doigt dessus.

Et puis, un·e lecteurice particulièrement attentif·ve vous le fait remarquer : dans votre livre, les tirets n’ont jamais deux fois la même taille, vos dialogues sont parfois entre guillemets, parfois avec des tirets, vos deux-points et vos points-virgules se retrouvent souvent rejetés à la ligne… Bref, votre histoire est prenante, vos personnages sont profonds, votre orthographe est bonne, mais votre livre ne fait pas très… propre.

En effet, à l’école, on nous apprend à lire et à écrire, à soigner notre orthographe et à être capable d’inventer un récit. Mais on néglige complètement les petites ficelles et subtilités de la typographie, négligence accentuée par les claviers et les interfaces pensées pour la typographie anglophone.

Pourtant, avec quelques astuces simples, vous pouvez reprendre le contrôle et donner à vos écrits un aspect plus « pro » ! 😉

Les astuces dont je vais parler sont valables sur PC Windows. Pour Mac, la procédure est complètement différente !

  • L’apostrophe : typographique ou dactylographique ?

On connaît tou·te·s la touche apostrophe sur notre clavier standard : c’est le caractère principal de la touche qui écrit aussi 4 (avec la touche Maj enfoncée). Ce qu’on sait moins, en revanche, c’est que… ce n’est pas une apostrophe. Enfin, pas une apostrophe typographique, comme celle recommandée pour les textes en français. En fait, l’apostrophe du clavier est une apostrophe dite dactylographique, héritée des machines à écrire.

Ouvrez donc un document Microsoft Word. Appuyez sur la touche apostrophe et regardez attentivement l’écran. Vous avez vu ? Oui, c’était rapide, mais le logiciel a bien tapé un trait bien vertical, en hauteur (je ne peux pas vous le montrer car le thème WordPress que j’utilise s’amuse à remplacer mes apostrophes dactylographiques par des apostrophes culbutées, même en HTML), puis l’a immédiatement remplacé par ceci : ’. Observez bien la différence entre les deux. La première apostrophe, celle de la touche par défaut, est droite. La seconde, celle que Word met à la place de la première automatiquement (si ce n’est pas le cas, allez vite reconfigurer votre traitement de texte, ça vous épargnera bien de la fatigue !), est courbée, comme une virgule. C’est cette seconde apostrophe qui est dite typographique et qui est la « vraie » apostrophe, recommandée en langue française. La première est l’apostrophe dactylographique et est une apostrophe purement informatique.

Oui mais Sarah, me direz-vous, Word remplace automatiquement l’apostrophe dactylographique par une apostrophe typographique. Mais c’est bien un des rares ! Comment je fais sur la Toile par exemple ou dans un autre logiciel ? Évidemment, vous n’allez pas pouvoir reconfigurer votre touche apostrophe… L’astuce (qui, comme vous allez le voir, est la même que pour les autres caractères spéciaux qui vont suivre) est d’apprendre le raccourci pour insérer une apostrophe typographique à tous les coups. La méthode qui fonctionne sur la plupart des logiciels et sites internet, c’est le code Alt. Vous gardez la touche Alt enfoncée, vous tapez le code Alt du caractère spécial sur le pavé numérique (0146 pour notre apostrophe typographique) puis vous relâchez la touche Alt. Ça a l’air complètement ésotérique comme ça, mais je vous assure qu’on s’y fait, bien plus que d’aller chercher à la souris dans la table des caractères ou de faire des copier-coller…

Évidemment, le plus simple reste de taper ses textes dans un logiciel de traitement de texte, comme Word ou OpenOffice qui peuvent être configurés pour remplacer automatiquement les apostrophes dactylographiques. Mais cette méthode reste bien pratique par exemple quand on rédige un billet sur son blog WordPress !

Cette méthode a bien sûr ses limites. Elle ne fonctionne pas sur toutes les interfaces et n’est d’aucune utilité si votre clavier ne possède pas de pavé numérique. Mais à ce jour, c’est la méthode la plus efficace que j’aie trouvée. Il y en a d’autres, comme utiliser un copier-coller (pour ça, et surtout pour s’éviter de fouiller pendant des heures à chaque fois la table des caractères, je vous recommande le site https://unicode-table.com/fr/) ou la méthode que je vous donne tout à la fin de ce billet. Mais je préfère celle-ci (quand je suis sur un clavier à pavé numérique bien sûr) parce que c’est la plus rapide.

Le principe est exactement le même pour les guillemets :
« et » (guillemets français, aussi appelés chevrons) = Alt + 174 et 175
“ et ” (guillemets anglais ou guillemets français de second niveau) = Alt + 0147 et 0148
" (le caractère principal de la touche qui permet aussi d’écrire 3) = ce sont des guillemets dactylographiques (donc informatiques) qui ne correspondent à rien du tout, en tous cas en français !

Et sachez qu’il s’applique aussi… aux points de suspension. Les points de suspension sont un unique caractère, et non « trois petits points » à la suite ! Vous remarquerez le remplacement automatique de ceux-ci dans Word… Pour obtenir le caractère « points de suspension », le code est Alt + 0133.

Une variante du code Alt (ou code ASCII) est le code Unicode. Le principe est presque le même : on écrit le code Unicode du caractère, puis on tape Alt + C. Cela fonctionne sous Word mais malheureusement pas sous WordPress.

  • Les majuscules accentuées

UN GARCON CHAHUTE ET TUE AU PALAIS DES CONGRES (exemple fortement inspiré du Guéry, mon livre de chevet <3).

À votre avis, qui chahute et tue qui ? Et le palais est-il un lieu de conférences ou la demeure de poissons ? Vous l’aurez compris, en français, on a des accents (et une cédille) et il faut les utiliser, y compris sur les lettres capitales. Un clavier anglophone n’est pas une excuse, car il en va de la compréhension de votre texte, de sa lisibilité et d’éviter les contresens fâcheux.

Pour cela, même astuce que précédemment : les raccourcis clavier sont vos meilleurs amis ! En particulier les codes Alt, que je trouve particulièrement faciles et rapides à taper et à retenir. Mais si vous préférez les codes Unicode ou HTML, faites-vous plaisir ! ^^

Quelques exemples courants :
Ç = Alt + 0199
É = Alt + 144
È = Alt + 200
Chance, le circonflexe et le tréma ont leur propre touche sur le clavier (vous savez déjà l’utiliser) ! Mais figurez-vous que À aussi : il suffit d’utiliser le signe inférieur de la touche è (on obtient les signes inférieurs des touches de caractères spéciaux en maintenant la touche Alt Gr enfoncée) ! Oui, il s’agit bien d’un accent grave, pas de piège comme pour l’apostrophe 😉 Avec un petit Alt Gr + è, puis un Maj + a, on obtient notre À !

  • Inséquoi ?

Un sujet crucial à présent et pourtant uniquement abordé dans les classes de PAO des écoles spécialisées : les espaces insécables. Quand vous écrivez à l’ordinateur, vous appuyez sur la touche Espace pour insérer… une espace. Mais quand un signe de ponctuation comme le deux-points ou le point d’exclamation arrive au bout de la ligne, le malheureux est rejeté tout seul à la ligne suivante ! Pourtant, même si on ne vous l’a pas forcément dit explicitement à l’école, vous savez bien qu’on n’écrit jamais ça :
Sarah écrit des livres
: c’est sa passion.

Alors vous êtes tenté·e de coller le signe au mot précédent : après tout, les interfaces de blog et de réseaux sociaux n’ont qu’à gérer les signes de ponctuation correctement !
Sarah écrit des livres:
c’est sa passion.

Oui, mais ça, c’est la typographie anglaise. En anglais, on ne met pas d’espace avant les signes de ponctuation. C’est pourquoi la plupart des interfaces informatiques (généralement fournies par des entreprises états-uniennes) n’intègrent pas spontanément la notion d’espace insécable.

L’espace insécable est une espace qui empêche les caractères l’entourant d’être séparés. D’ailleurs, vous aurez peut-être remarqué que sous un traitement de texte, le remplacement d’une espace par une insécable est automatique, comme pour l’apostrophe. Mais quand ce n’est pas le cas, comment faire ?

Plusieurs solutions s’offrent à vous. Dans beaucoup de logiciels (et notamment les traitements de textes), la manipulation est simple : Ctrl + Maj + Espace. Lorsque ça ne fonctionne pas, Alt + 0160. Mais parfois, aucune des deux méthodes ne fonctionne, notamment sur WordPress. Dans ce cas, il faut aller modifier le texte en HTML et insérer le code &nbsp; (nbsp pour no-breaking space).

Oui, entre les raccourcis Ctrl et Maj, les Alt codes, les Unicodes et le HTML, cela fait beaucoup de codes et de manipulations à retenir. Mais je vous assure qu’en attendant des claviers et des interfaces adaptées à la typographie française, ces quelques réflexes éviteront à vos textes de passer pour des bugs informatiques ou des fautes de frappe !

J’espère qu’avec ces quelques astuces, vous arriverez à rendre vos textes encore plus beaux ! La meilleure astuce, pour la fin, reste tout de même de faire corriger son livre par un·e correcteurice professionnel·le… 😉

À très vite !

Sarah T.

Bienvenue dans mon univers !

Mon nom : Sarah Touzeau (Sarah pour les intimes). Ma passion : écrire des romans, depuis l’âge de 10 ans. J’ai créé ce site pour partager avec vous mes écrits.

Je parlerai ici de mes productions et projets d’écriture. Je vous ferai découvrir mes romans, mais aussi mes autres écrits. Je partagerai avec vous quelques astuces d’écriture et d’édition, ainsi qu’un peu de mon quotidien d’autrice. Sur ce site, vous pourrez suivre toute mon actualité, obtenir les liens directs pour acheter mes livres, me donner vos retours et découvrir quelques conseils d’écriture.

Me concernant, vous pourrez trouver quelques informations sur moi sur ma page À propos. Vous pouvez également me retrouver sur LinkedIn et sur les réseaux sociaux. Dans le blog, je partagerai avec vous quelques morceaux de mon quotidien de romancière, si cela vous intéresse ! 😉

Pour vous donner un peu de contexte, j’ai commencé à écrire des romans à l’âge de 10 ans. J’ai tout de suite décidé d’en faire mon métier. Malheureusement, le métier d’écrivaine est aujourd’hui très peu considéré. Après des études de chimie puis de journalisme, j’ai fini par devenir correctrice professionnelle (voir mon autre site, bientôt disponible), et par m’investir plus sérieusement dans l’écriture.

Mon rêve est de pouvoir devenir écrivaine à plein temps.

Aujourd’hui, je crée ce site pour diffuser mes écrits et vivre pleinement ma vie d’autrice. J’espère pouvoir rencontrer mon public et accomplir ce que je considère comme ma mission première : raconter des histoires et faire rêver toutes les personnes qui aiment s’évader par la lecture.

Je vous parlerai aussi d’écriture, d’édition et des domaines qui me passionnent et m’inspirent.

Je publie principalement des romans de fantasy et science-fiction, en autoédition numérique sur Amazon et Kobo. J’écris également quelques nouvelles, des haiku et des visual novels.

J’espère à terme pouvoir publier mes écrits sous d’autres formats et sur d’autres canaux.

Si vous aimez les romans de fantasy indépendants, vous êtes au bon endroit !

N’hésitez pas à me dire dans les commentaires ce que vous avez pensé de mes livres !

À très vite,

Sarah T.